La rupture entre Jean Alesi, qui terminera la saison de Formule 1 au volant d’une Jordan-Honda, et Alain Prost s’est scellée à la suite d’une lettre d’avocat adressée au pilote par son patron d’écurie, le 16 juillet, au lendemain du Grand Prix de Grande-Bretagne à Silverstone.

Alesi avait connu un calvaire au Grand Prix de France à Magny-Cours, le 30 juin. Son AP04 s’y était montrée particulièrement décevante et il avait été accusé de tous les maux par son équipe. Jusqu’à ce que celle-ci se rende compte que le manque de performance était bien dû à un problème technique et que le pilote n’y était pour rien.

Alesi s’en était amèrement plaint à la presse.

«En arrivant à Silverstone, Alain (Prost) m’a pris à part et m’a dit que ma réaction était inadmissible vis-à-vis de l’équipe, des sponsors. Je lui ai répondu que, c’est vrai, je n’aurais peut-être pas dû parler », explique Alesi.

«Alain m’a alors annoncé qu’il m’enverrait une lettre d’avocat. Mais ce n’est rien, ce n’est même pas la peine de la lire. Je lui ai rétorqué que si je recevais cette lettre d’avocat, elle impliquerait une réponse d’avocat ».

Déterminé à partir

Le 16 juillet, la lettre arrivait. Prost lui reprochait d’avoir violé son contrat, divulgué des secrets techniques et de ne pas avoir assisté aux briefings techniques. La lettre lui imposait en outre une forte amende, alors qu’une bonne partie de son salaire annuel (estimé à plus de 5 millions d’euros) restait impayée.

Dès lors la rupture était inévitable. Alesi était déterminé à partir, quitte à faire une croix sur la fin de la saison.

Car il ne savait pas encore que 48 heures plus tard, Eddie Jordan l’appellerait pour lui proposer de conduire une de ses monoplaces. L’Irlandais n’avait pas encore limogé son pilote allemand Heinz-Harald Freinateur, sa décision n’intervenant que le 25 juillet.

«Eddie m’a demandé si j’étais libre, je lui ai répondu que non mais j’ai compris qu’il avait besoin de moi », raconte Alesi.

Tant qu’il était sous son contrat avec Prost, l’Avignonnais ne pouvait pas accepter l’offre de Jordan.

La négociation a alors débuté. «J’ai fait une croix sur mon salaire, je serai simplement payé pour les points marqués (4) en fin de saison. Si je ne nuis pas par mes propos à l’équipe Prost-Acer d’ici-là », a révélé Alesi.

«Tout le monde me voyait à la retraite l’an prochain. Mais ça repart », jubile-t-il, impatient de se retrouver au volant de la Jordan-Honda. Et de montrer ce dont il est encore capable.