ENVOYÉ SPÉCIAL EN ITALIE OLIVIER DE WILDE

Dix-huit longs mois. Si l'on se souvient que l'Allemand hésita à monter sur la plus haute marche l'an dernier à l'issue de la farce d'Indianapolis, cela faisait un an et demi, depuis le GP du Japon 2004, que Michael Schumacher n'avait plus effectué son traditionnel saut de cabri sur un podium de F 1. Avant de jouer au chef d'orchestre durant l'hymne national italien, de congratuler amicalement un Fernando Alonso jouant les bons perdants, puis de tomber presque amoureusement dans les bras d'un Jean Todt dégoulinant de champagne.

Auteur la veille de la 66 éme pole position de sa carrière, battant ainsi un record (celui du dieu Ayrton Senna), le pilote Ferrari ne pouvait rêver d'un meilleur week-end face à 100.000 tifosi venus pour le voir gagner pour la 85e fois.

«Après les erreurs des deux derniers GP, le team et tous ses partenaires ont fourni un effort énorme récompensé aujourd'hui par ce résultat sensationnel, se félicitait un Schumi aux anges. Difficile d'imaginer un meilleur dimanche après-midi. Je suis très heureux. Pour moi, mais aussi tout le team. Il ne manquait que Felipe (4 éme ) sur le podium.»

Le jeune Brésilien joua pourtant parfaitement son rôle en favorisant l'envolée de son chef de file en début de course. Avant, comme lui, de subir une baisse de régime...

En neuf tours seulement, l'avantage de 11 secondes que le Baron Rouge avait réussi à conserver sur son rival espagnol à l'issue du 1er ravitaillement fut réduit à néant. «J'ignore encore pourquoi mes temps au tour ont subitement augmenté. J'ai connu un problème de graining visiblement lié à une température plus élevée que prévu», indiquait un vainqueur souhaitant visiblement couvrir le manufacturier Bridgestone qui a certes bien progressé, mais sans doute pas encore assez.

Au 34 éme tour, Alonso réussit facilement à rétablir le contact. On assista dès lors durant près de la moitié d'un GP devenu soudainement haletant au remake du duel de l'an dernier. Avec cette fois le jeune Espagnol dans le rôle du chasseur. Et Schumi dans la peau de la proie. A voir la vitesse à laquelle la Renault était revenue dans le sillage de la Ferrari, on pensait que le septuple champion du monde ne résisterait pas longtemps à la pression. Mais Schumi et son équipe signèrent un impressionnant sans-faute.

Et c'est finalement le Matador qui craqua le premier en renonçant au combat après un écart à trois tours de l'arrivée. «On a revécu le duel de 2005. Sauf que cette fois, c'était moi devant, souriait le héros du jour en se tournant vers son jeune dauphin. L'expérience de l'an dernier m'a appris comme il était difficile voire impossible de dépasser sur ce circuit. Je me suis donc appliqué à fermer toutes les portes, à ne lui donner aucune opportunité aux endroits les plus critiques. Nous avons calqué notre tactique sur la sienne en ravitaillant nous aussi prématurément, un tour après Fernando. J'étais heureux de voir qu'il était toujours derrière en sortant pour la dernière fois des stands. Je pensais que ce serait plus serré. Dès ce moment, je savais que, sauf erreur de ma part, j'avais la victoire en poche.»

La première d'une nouvelle série ? «Nous avons été très vite en tests la semaine dernière à Barcelone. Je suis donc convaincu que l'on devrait être aussi dans le coup pour la suite. Et impatient de confirmer cela dans deux semaines au Nürburgring.»

Un Grand Prix d'Europe où l'Allemand aura encore l'avantage d'évoluer sur son terrain. Suffisant pour battre à nouveau Alonso ? Si la réponse est positive, peut-être aurons nous droit à un fantastique duel entre deux grands champions du monde, l'ancien et le nouveau.

© Les Sports 2006