Le feuilleton «pub tabac et Grand Prix de Belgique de F1 » rebondit: dans une interview accordée à plusieurs quotidiens à la veille de la manche belge du championnat mondial, le grand patron de la F1 Bernie Ecclestone émet de sérieux doutes sur la tenue de l'édition 2003 si la publicité pour le tabac et ses produits dérivés est effectivement interdite.

La Cour d'arbitrage avait fixé à fin juillet 2003 la date-limite pour la pub tabac dans les événements d'envergure mondiale. D'où l'idée émise par certains de modifier le calendrier habituel en avançant le GP au début de l'été. Hypothèse balayée par le big boss: «Pas question de changer le calendrier! La Belgique n'a qu'à s'entendre avec le reste de l'Europe et accepter la publicité pour le tabac jusqu'en 2006 », affirme Ecclestone, évoquant la directive européenne qui ne prévoit la disparition de cette pub qu'à l'horizon 2006.

Mais voilà, cette directive elle-même a été annulée en raison d'une base juridique discutable et un nouveau texte est en préparation. Cependant, son élaboration se révèle délicate car l'opposition est sévère entre les tenants d'une version «dure » (interdiction pure et simple, justifiée par les impératifs de santé publique) et les partisans de quelques accommodements permettant de poursuivre diverses actions de sponsoring sportif.

Réagissant, dans Le Soir, aux propos de Bernie Ecclestone, le ministre wallon de l'Economie Serge Kubla ne se montre pas autrement étonné: «Cela fait des mois que je dis que le péril est grand pour 2003 et aussi au-delà. J'espère encore persuader Ecclestone d'un tour de passe-passe en programmant l'épreuve avant la date-butoir du 31 juillet ». Serge Kubla évoque deux pistes pour sauver la course-phare du calendrier belge: une renégociation des accords de la Concorde liant la Fédération internationale de l'automobile aux constructeurs de F1, et une régionalisation des compétences en matière de publicité pour le tabac ( »la prévention de la santé est déjà régionalisée », souligne-t-il).

Au-delà des textes et des positions de chacun, il importe d'ajouter au dossier plusieurs éléments importants.

Même si cet argument ne pèse pas lourd face aux contingences financières, Francorchamps est un circuits mythiques dont la F1 a besoin pour entretenir son image. Les pilotes adorent ce tracé qu'ils considèrent comme l'un des derniers «juges de paix ». Ecclestone, également promoteur du GP de Belgique, apprécie tout autant le site.

Par ailleurs, les teams cherchent à se passer du sponsoring tabac. Ils ne sont plus que cinq (Ferrari, McLaren, BAR, Jordan et Benetton) sur onze à y avoir recours, et certains grands constructeurs comme BMW et Jaguar refusent de voir leur nom associé à celui d'une marque de cigarette.

Par contre, comment oublier que Bernie Ecclestone cherche à diminuer le nombre de courses en Europe pour se tourner vers d'autres marchés lucratifs? Moscou, Dubaï, Bahrein et la Chine figurent sur la liste des candidats. C'est de là aussi que vient le danger pour le GP de Belgique.