Ils sont venus par dizaines de milliers pour le voir courir, le photographier, l'approcher. Les plus accros attendront des heures dans l'espoir d'obtenir un autographe, un sourire, un simple geste de la main ou, bonheur suprême, pouvoir le toucher, échanger un mot, un regard avec leur idole. Une "Hamiltonmania" dépassant l'entendement. Du jamais vu avec les anciens champions du monde, le pourtant très populaire Nigel Mansell ou Damon Hill. Rien à voir avec la passion pour la star des groupies, David Coulthard, dernier vainqueur britannique en date ici voici déjà sept ans. Une furie seulement un peu comparable à celle suscitée par les débuts ici du prometteur Jenson Button, en 2000 chez Williams.

Une popularité aussi soudaine qu'incroyable difficile à gérer pour un gamin de 22 ans. Voici quelques semaines lors du Goodwood Festival, Hamilton a dû arriver en hélicoptère pour échapper aux 50 000 fans l'attendant. Et il n'ose déjà plus aller faire le plein à la station-service de son village de peur de déclencher une émeute.

Une pression, énorme, s'ajoutant à celle des médias britanniques le considérant déjà comme un dieu, mais aussi à celle, tout à fait normale, d'un débutant en F1 et d'un leader du championnat du monde, 14 points devant son équipier, un certain Fernando Alonso. Une pression à laquelle aucun simulateur, aucun psychologue, aucun père de sang ou spirituel n'a pu réellement le préparer. Alors Lewis résistera-t-il à tout le barnum fait autour de lui ? Parviendra-t-il à bien dormir, à faire abstraction du stress ambiant pour offrir à plus de 120 000 spectateurs la victoire qu'ils attendent ? Saura-t-il s'imposer comme l'an dernier au terme des deux courses de GP2 où il offrit à son public une manoeuvre de dépassement d'anthologie dans les enchaînements hyper rapides de Becketts ? Si la réponse est positive, s'il ne craque pas demain pour la première fois de l'année, cela signifiera qu'il est moralement et psychologiquement invincible. Que plus rien ne peut l'arrêter et, nous en prendrons alors le pari, qu'il deviendra à la fin de l'année le plus jeune champion du monde de l'histoire, le premier à décrocher le titre dès sa première saison.

"Le Grand Prix de dimanche sera, sans aucun doute possible, la course la plus importante de l'année pour moi, affirme Lewis Hamilton. Ce sera une nouvelle expérience de plus. Je m'attends à ce que l'ambiance soit incroyable. Gagner ici serait énorme. Je dois cependant avoir des objectifs réalistes. Ce n'est qu'une des 17 courses du calendrier... Et puis les Ferrari paraissent très fortes. Un 9e podium successif serait déjà très bien. Mais, comme à chaque fois, je ferai le maximum pour essayer de l'emporter. Pour offrir ce bonheur à mon public, comme l'an dernier en GP2 au terme de courses où je m'étais vraiment bien amusé".