Michael Schumacher remportera certainement son cinquième titre mondial cette saison, deviendra le pilote au plus beau palmarès de la Formule 1. Ce n’est plus qu’une question de semaines. Et ce, quelle que soit la décision du Conseil mondial de la FIA mercredi à Paris. Qui, en cas de sanction, ne pourra que retarder l’échéance.

Et pourtant, l’Allemand, formidable pilote, est plus que jamais un champion mal aimé. Aux antipodes du regretté Ayrton Senna, personnage charismatique, ou même d’Alain Prost. Trois épisodes ont suffi à ternir l’image du futur quintuple champion du monde.

Ce fut tout d’abord l’accrochage d’Adelaïde en 1994 avec Damon Hill (Williams-Renault) à l’issue duquel Michael Schumacher obtint son premier titre mondial avec Benetton. Puis trois ans plus tard, à Jerez avec Ferrari, une même manoeuvre face à Jacques Villeneuve (Williams-Renault), vaine cette fois.

Ces deux incidents avaient été balayés par une cascade d’exploits, de victoires. Jusqu’à ce 12 mai 2002 sur le A1 Ring quand Michael Schumacher «vola» le succès à son coéquipier Rubens Barrichello, suite à une «consigne d’équipe» donnée par Jean Todt, directeur de Ferrari, et Ross Brawn, le directeur technique.

Michael Schumacher aurait pu se montrer chevaleresque, refuser ce «cadeau» déshonorant. Son statut au sein de la Scuderia le lui permettait. Pire, il semble se confirmer que ce soit lui qui ait demandé à son stand de passer l’ordre à Barrichello de le laisser passer. Que la décision ne venait pas de Jean Todt, ce dernier acceptant de «couvrir son champion».

Dimanche au Nurburgring, Michael Schumacher et Ferrari n’ont pas renouvelé leur erreur de l’Autriche, laissant le Brésilien conclure victorieusement son cavalier seul. Sans que le pilote allemand ait pu toutefois totalement redorer son blason.

Après les sifflets de l’A1 de Ring, de Monaco et du Canada, Michael Schumacher s’est rendu compte une nouvelle fois, chez lui pourtant, que l’incident de l’A1 Ring serait difficile à oublier. Alors qu’il quittait le paddock du Nurburgring après la course pour se rendre dans les studios d’une télévision, un groupe de supporteurs allemands hua le pilote de la Scuderia. Dur, dur.

Au-delà de la désapprobation d’une certaine partie du public de la Formule 1, d’autres signes montrent à quel point l’image du champion a été écornée. Comme ce magazine spécialisé britannique qui a dû changer sa «une», remplacer une photo de Michael Schumacher par celle de Rubens Barrichello, sous peine de perdre plusieurs publicités.

Depuis l’Autriche d’ailleurs, Michael Schumacher n’offre plus sa joie de vivre, sa décontraction habituelle lors des rendez-vous avec la presse. Il éprouve une gêne, se montre mal à l’aise.

Plus que la F1, que Ferrari, Michael Schumacher est bien le grand perdant de «l’affaire du 12 mai». Il lui faudra certainement beaucoup de temps, d’exploits, de «dons» de sa personne dans les nombreuses organisations caritatives auxquelles il accepte de participer, pour gommer la «tâche» de l’A1 Ring.

Mal aimé, Michael Schumacher reste cependant un grand, un très grand champion dont l’unique but est de vaincre. Par tous les moyens...