Dans quarante-huit heures, lorsqu'il se réveillera lundi matin avec une belle gueule de bois, Michael Schumacher ne sera donc plus pilote de F1. Comme il l'a officialisé à Monza le 10 septembre dernier, l'Allemand prend sa retraite après 15 saisons et demie au plus haut niveau.

Un peu plus de quinze années marquées par 7 titres mondiaux mais quasi autant de manoeuvres anti-sportives ou de gestes malheureux qui entacheront à jamais le plus glorieux des palmarès. Adoré par les uns, détesté par les autres, "Schumi" n'a jamais fait et ne fera jamais l'unanimité. Question de caractère. De mentalité. De sportivité aussi. Comme l'a souligné son jeune rival Fernando Alonso, le "Baron rouge" possède "le plus de couronnes, de victoires, de pôles , mais aussi de pénalités."

Posez-vous la question et réfléchissez un instant : hormis le nombre de ses titres, quelle image garderez-vous de Michael Schumacher ? Dans dix ans, vous souviendrez-vous de son superbe récent GP de Chine, de son sens de la stratégie, de ses succès sous la pluie, d'un dépassement ? Ou plutôt de son accrochage avec Damon Hill pour décrocher son 1er titre en 1994, de celui au GP de Jerez 1997 face à Jacques Villeneuve, de la façon dont il a été hué après avoir accepté la victoire volée à son équipier Barrichello à Zeltweg en 2002 (c'est surtout Jean Todt qui en méritait ce jour-là) ou encore de la manière honteuse dont il a simulé l'accident pour barrer la route de la pole à ses rivaux lors du dernier GP de Monaco ?

Todt, son père spirituel

Michael Schumacher restera dans les annales comme un champion de la controverse. Ou du moins le plus controversé des champions, un pilote prêt à tout pour vaincre, pour qui tous les coups sont permis. Et le pire est qu'il a toujours été défendu et parfois même aidé par l'état-major de Ferrari et son père spirituel Jean Todt lui pardonnant tout.

Ainsi, un article a récemment fait scandale dans la presse argentine. Considérant qu'il y avait désormais prescription, l'ex-pilote Sauber... Ferrari, Norberto Fontana, a révélé un secret vieux de 9 ans : "Quelques heures avant le départ du GP décisif à Jerez en 1997, Jean Todt est entré dans notre motor-home et nous a intimé la consigne de faire perdre du temps à Villeneuve lorsqu'il nous prendrait un tour. Ce que j'ai fait en ignorant les drapeaux bleus durant deux ou trois virages, ce qui a coûté plus de 3 secondes au Canadien. Michael est ainsi revenu sur Jacques. Mais suite à l'accrochage il n'a finalement pas été couronné. Et je n'ai jamais eu un merci."

Des déclarations, démenties évidemment par le directeur sportif des Rouges (mais on imagine mal pourquoi Fontana mentirait), qui ont fait scandale. Et révèle bien comme Michael n'est pas le seul à être prêt à tout pour obtenir ce qu'il désire. On espère donc que sa grande carrière ne s'achèvera pas dimanche par un ultime geste malheureux.

Qu'il ne décrochera pas sa 8e couronne après avoir bouté Alonso hors de la piste ou suite à un accrochage entre l'Espagnol et le 2e pilote Ferrari Felipe Massa, voire un attardé propulsé aujourd'hui ou demain par un V8 au "Cheval cabré". Bref, qu'il se montrera aussi digne que dans sa cruelle défaite au Japon voici quinze jours, là où il a su contenir son immense déception et une rage interne légitime pour donner une bonne image de sportivité.

© La Libre Belgique 2006