Le GP d’Espagne a certes été d’un ennui mortel pour les téléspectateurs non australiens. Comme cela a déjà souvent été le cas par le passé, le tracé de Barcelone que pilotes et ingénieurs connaissent par cœur n’a pas offert le spectacle, le suspense et les dépassements attendus. C’était prévisible et le nouveau règlement interdisant les ravitaillements en carburant n’y est pas pour grand-chose. Il n’empêche, la cinquième manche de la saison a vu son quatrième lauréat différent. En cinq GP, huit pilotes représentant cinq marques sont déjà montés sur le podium.

On ne vous avait donc pas menti en déclarant que cette saison serait parmi les plus disputées de l’histoire de la F1. Et aujourd’hui, le cap du quart de la saison passé, aucun favori ne se dégage.

Et aucun n’a totalement lâché prise. En battant une McLaren, une Ferrari et la Mercedes de son équipier Rosberg, même Michael Schumacher (il n’avait jamais marqué autant de points sur une course !), un peu à la traîne pour son retour, a démontré ce dimanche qu’il voulait s’accrocher au train des ténors.

Au championnat constructeurs, alors que 43 unités sont à prendre par GP, les trois premiers, dans l’ordre McLaren-Mercedes, Ferrari et Red Bull, sont groupés en six petites unités. L’avion Red Bull n’a pas loupé une pole depuis le début de l’année, ce qui n’était plus arrivé lors des cinq premiers GP depuis la suprématie de McLaren en 1999. Mais leur manque de fiabilité les empêche de survoler le championnat. Et l’expérimenté Webber est loin de se laisser faire par le jeune Vettel. Chez Ferrari, Fernando Alonso prend doucement mais sûrement l’ascendant (tant en performances qu’en popularité dans l’équipe) sur Felipe Massa, transparent depuis trois courses.

Chez McLaren aussi, le nouveau venu a, contre toute attente, pris le meilleur sur l’enfant de la maison. La sagesse, la relative prudence et l’intelligence du champion Button font pour l’instant la différence (21 points déjà d’écart) face au panache et à l’agressivité de Lewis Hamilton, sans doute intrinsèquement plus rapide. Sa crevaison a deux tours du finish à Barcelone n’est pas seulement le fait du hasard ou de la malchance. Hamilton ne ménage ni ses rivaux ni ses gommes.

Avec la nouvelle distribution des points on s’en rend sans doute moins compte, mais on n’a jamais assisté à un début de saison aussi disputé avec sept pilotes encore regroupés en 21 unités, soit moins d’une victoire. Au soir de Monaco, six pilotes peuvent potentiellement déposséder Jenson Button de son leadership. Et tant Robert Kubica (à 26 unités de la tête), très opportuniste sur la Renault, que Michael Schumacher n’ont pas encore dit leur dernier mot dans ce championnat de folie.

Prochain épisode, dimanche dans les rues de Monaco. Avec un premier succès 2010 de Lewis Hamilton, Felipe Massa, Nico Rosberg ou Michael Schumacher ? Tout est possible même s’il sera difficile de couper les ailes des Red Bull, de loin les plus véloces actuellement sur un tour.