Quel suspense ! Que de rebondissements! En septante et un tours de l'ultime Grand prix de la saison, la couronne mondiale a changé huit fois de tête, hier soir, à Interlagos. Et il a fallu attendre la toute dernière boucle, après même l'arrivée du vainqueur, Kimi Raikkonen, pour savoir si c'était bien lui, le Finlandais, le nouveau champion du monde.

Eh bien oui, l'histoire nous a repassé les plats. Et comme il y a 21 ans avec Alain Prost, c'est celui que l'on attendait le moins, le challenger, qui a profité de la rivalité entre les deux équipiers de McLaren jouant des coudes au premier virage, pour venir tresser les lauriers. Troisième à sept points en arrivant à Interlagos, Kimi Raikkonen est reparti hier avec sa 15e victoire, la 6e de la saison, mais surtout son premier titre mondial en poche, un point devant les deux frères ennemis de McLaren-Mercedes, Lewis Hamilton et Fernando Alonso.

"Quel scénario incroyable, c'est fou,"s'exclamait un "Icemand" un peu plus expressif que de coutume, levant les deux bras vers le ciel puis se mettant debout sur sa monoplace avant de tomber dans les bras de son équipier Felipe Massa, de Jean Todt, puis de tous les membres de la Scuderia sans même avoir eu le temps d'enlever son casque.

Puis il y eut les félicitations, très sportives, de ses rivaux. Lewis Hamilton d'abord, parfait même dans la défaite, puis un Fernando Alonso visiblement heureux que ce soit le pilote Ferrari qui hérite de son numéro 1. Le seul avec Juan Manuel Fangio à être sacré dès sa première saison pour la Scuderia. "J'ai pris un excellent départ grâce à un super système de démarrage. Au premier virage, j'aurais même pu passer Felipe, mais nous avions convenu de ne pas prendre trop de risques. Et lorsque j'ai vu instantanément Hamilton disparaître de mes rétroviseurs, je me suis dit : c'est peut-être ton jour.."

Pendant 50 tours, le digne successeur de "Schumi" se contenta de suivre son équipier. "À un moment (44e tour), il a commis une petite faute ce qui m'a permis de me rapprocher fortement de lui avant la deuxième salve de ravitaillements."

C'est alors que le nordique fournit son effort, multipliant les meilleurs tours pour ressortir devant le Brésilien au début du 54e tour. En s'arrêtant trois tours plus tard que Massa, Raikkonen n'aura eu besoin de l'aide de personne pour prendre la tête et filer vers un sacre plutôt inattendu. "En franchissant la ligne en vainqueur, je n'étais pas encore totalement sûr que j'étais champion. Il fallait attendre de connaître la position d'Hamilton. Il pouvait encore y avoir un accrochage ou deux abandons dans le dernier tour. S'il avait terminé 5e, je savais que c'était perdu pour moi. L'attente a été longue avant d'entendre à la radio que c'était bien moi le champion."

Pas de hurlements ni de geste de folie, mais une véritable joie interne. "Là ,je suis vraiment heureux. J'ai vécu une année fantastique. Après ma première victoire en Australie, j'ai connu des moments difficiles. La tournée américaine a été dure pour toute l'équipe, mais on n'a jamais baissé les bras. On s'est toujours battus. Même si, honnêtement, ce matin, je n'y croyais plus vraiment car cela ne dépendait plus uniquement de moi. Vous pouvez donc écrire qu'aujourd'hui j'ai eu de la chance. Pour toute la déveine accumulée ces dernières saisons, je pouvais bien avoir un jour heureux. C'est sans doute le plus beau cadeau dont je pouvais rêver pour mon anniversaire. La nuit s'annonce encore plus folle que ce GP. Et très arrosée. Je pourrais même danser la samba, qui sait ?"