Michael Schumacher a marqué d'une empreinte indélébile la F 1 dont il a conquis la quasi-totalité des records. Mais malgré des statistiques forçant l'admiration, il lui manquera toujours l'aura de certains de ses prédécesseurs, peut-être plus grands champions dans leur esprit et celui des amateurs de F 1.

Car «Schumi» n'est pas revenu des morts comme Niki Lauda. Il n'a pas croisé la Camarde au sommet de son art comme Jim Clark. Il n'irradie pas de lueur mystique comme Ayrton Senna. Il n'a pas l'étoffe d'un héros à la Juan Manuel Fangio. Il n'a pas la bonhomie de Keke Rosberg. Il est loin de la classe «so british» de Jackie Stewart. Il n'a pas la tête brûlée de Nigel Mansell, l'héritage d'un Damon Hill ou Jacques Villeneuve ni l'humour déjanté de Nelson Piquet. Mais statistiquement, ce pilote est le plus grand.

Ses débuts à Francorchamps

Antihéros souvent affublé de tenues vestimentaires que seule une immense notoriété rend mettables, au même titre que seul un talent hors du commun autorise l'arrogance, Michael Schumacher et son cigare d'après-victoire resteront, quoi qu'il en soit, longtemps l'étalon de la F 1.

Sans jamais se montrer un élève surdoué, Schumacher a fait ses classes en kart, Formule Ford et F 3, avant d'intégrer le «junior team» de Mercedes avec Heinz-Harald Frentzen et Karl Wendlinger. Avant d'effectuer, un peu par hasard en 1991, une entrée fracassante en F 1, à Spa-Francorchamps, au volant d'une modeste Jordan. Quelques tours à peine de notre toboggan, et Flavio Briatore, alors patron de l'écurie Benetton, débauche l'Allemand qui obtiendra trois ans plus tard son premier titre mondial.

Certains estiment qu'il a hérité accidentellement du titre et du statut de meilleur pilote après la disparition de Senna en 1994. «Si Senna avait été là en 94 et en 95, je n'aurais pas été champion car c'était lui le plus fort», a concédé lui-même le monstre sacré et consacré de la F 1.

Néanmoins, sous la direction de Jean Todt, père sportif qu'il ne manque pas de venir embrasser avant de quitter le paddock tous les soirs, Michael Schumacher a réussi ce que pas même Alain Prost n'avait su faire: remettre Ferrari au sommet de la hiérarchie du sport automobile. Alors que, depuis Jody Scheckter en 1979, aucun pilote de la «Scuderia» n'avait coiffé la couronne mondiale, l'Allemand a remis les compteurs Ferrari au rupteur et drapé d'un voile rouge le championnat pilotes de 2000 à 2004 inclus. Des performances qui lui ont valu le droit d'habiter, lorsqu'il vient à Maranello, la maison même du Commendatore... parce qu'il le vaut bien.

La révolution bleue en 2005

L'année 2005 restera celle de la Révolution Bleue, le jeune prodige espagnol Fernando Alonso et sa Renault renversant de son piédestal un «Schumi» abandonné par sa cavalerie. Mais l'envie de gagner a poussé Schumacher à honorer sa dernière année de contrat avec la «Scuderia» pour retrouver en 2006 le combat pour le titre. Un autre des exploits de Schumacher est d'avoir su se ménager une vie privée de bon père de famille à l'écart des regards indiscrets.

Ce multimillionnaire, trop connu pour vivre à Monaco, s'est fait construire une propriété domaniale en Suisse et possède également des maisons de vacances en Norvège et aux Etats-Unis, pays où il passe plus inaperçu. Tout au long de ses 16 années en F 1, celui qui en était presque venu aux mains avec Senna n'a jamais perdu sa rage de vaincre. Mais il n'a jamais été le seigneur de la jungle des circuits qu'il aurait pu être.

Vie privée bien gardée

«Michael n'est simplement pas un grand champion. Il a commis trop de mauvaises actions en piste», accuse Jacques Villeneuve qui était l'un des pilotes les plus virulents à l'égard de l'Allemand. L'accrochage avec Damon Hill qui lui a valu le titre en 1994 et celui avec Villeneuve qui lui a valu l'exclusion du championnat 1997 symbolisent le jusqu'au-boutisme de Schumacher.

Sans oublier l'une de ses manoeuvres les plus vicieuses, en qualifications à Monaco en mai dernier, lorsqu'il a garé sa monoplace en travers de la piste pour empêcher Alonso de lui prendre la pole. Loin de toute cette agitation et de ces trop nombreuses controverses, il pourra désormais couler des jours heureux avec son épouse Corinna et leurs enfants Gina Maria (9 ans) et Mick (7 ans). Et continuer de s'occuper d'oeuvres caritatives, comme l'Institut du cerveau et de la moelle épinière (ICM) pour la promotion duquel il avait descendu les Champs- Elysées à Paris en 2004 au volant de sa F 1. Et son «successeur», Fernando Alonso de conclure: «Nous perdons un grand champion, et c'est dommage. Le principal pour moi est d'avoir eu l'occasion de lutter contre lui et de le battre. Contrairement à beaucoup, je ne veux pas le voir partir avec un 8 éme titre»

© Les Sports 2006