Dix-neuf ans, on vous l’a déjà dit, que notre petit pays attend ce moment. Depuis Thierry Boutsen (voir interview en page 42) à Kyalami en 1992, un pilote belge n’a plus débuté une saison de Formule 1. Dix-neuf aussi comme le nombre de compatriotes ayant déjà pris le départ d’une course de Formule 1. Mais parmi eux, seuls les deux anciens vainqueurs, "Boubou" (3 victoires) et Jacky Ickx (8 succès et deux titres de vice-champion du monde en 1969 et 1970) ont disputé une saison complète. Quatre autres grands noms belges aujourd’hui disparus (Paul Frère, Olivier Gendebien, Willy Mairesse et Lucien Bianchi) sont au moins montés une fois sur le podium. Et treize en tout se sont classés au moins une fois dans le "Top 10", l’équivalent des points aujourd’hui. Un objectif que n’a pas atteint la modeste écurie Virgin (meilleur résultat une 14e place) pour sa première saison.

Le résultat des deux premières séances d’essais libres, hier à Melbourne, a, hélas, confirmé les inquiétudes nées au soir des quatre derniers jours de tests privés à Barcelone : manquant cruellement d’appui aérodynamique, la Marussia Virgin MVR02, seule F1 conçue sur ordinateur et donc sans passer en soufflerie, n’est pas du tout compétitive.

Comme en Espagne, Jérôme D’Ambrosio et Timo Glock ont conclu la première journée officielle avec les deux derniers chronos (les HRT n’ont pas tourné) à plus de six secondes des McLaren et plus d’une seconde des Lotus les précédant directement. Au-delà des fameux 107 % du meilleur temps.

Et le fait que les deux pilotes se tiennent en 7 millièmes le matin puis 29 millièmes l’après-midi, toujours en faveur du Belge, prouvent qu’ils ne sont pas loin du tout des limites actuelles de leur bolide.

Si on ne doute pas du tout de la qualification du pilote de Grez Doiceau, le risque qu’il ne soit pas parvenu à se qualifier ce matin pour son premier Grand Prix demain était donc bien réel. La première victoire pour le pilote Gravity qui a bouclé 53 tours du circuit de l’Albert Park ce vendredi (seul l’étonnant "rookie" mexicain a effectué trois rondes de plus que lui en fin d’après-midi) sera donc bel et bien de se retrouver sur la grille de départ ce dimanche.

Si cela ne semblait pas gagné d’avance, la mission ne paraissait pas non plus impossible puisqu’il ne manquait que 243 millièmes, un quart de seconde, pour rentrer dans la limite réglementaire des 107 %.

Or Jérôme et son équipier ont amélioré leurs temps d’une bonne seconde avec les pneus tendres en toute fin de séance, lorsqu’après une petite averse locale, la piste n’était pas la plus rapide. Et puis les ténors ne devraient pas avoir chaussé les gommes les plus tendres ce matin en "Q1", ce qui réduira l’écart.

Tous les espoirs restaient donc permis. Y compris celui de bénéficier, s’ils échouaient proches de la barre fatidique ce matin en Q1 (entre 7 h et 7 h 20 chez nous), d’une dérogation de la FIA leur permettant de néanmoins se présenter au départ. Car sinon, la première grille de la saison pourrait très bien se limiter à vingt monoplaces