La montagne ou le désir de toujours se hisser plus haut

Nous partons à la découvert de l'alpinisme en compagnie de la première Africaine à avoir réalisé l'ascension du Mont Blanc

La montagne ou le désir de toujours se hisser plus haut
©Michel Courteville
Matthias Van Halst

Isabelle Courteville a 26 ans. Elle a passé les quinze premières années de sa vie à Dakar où elle n’a jamais vu la neige. Peu après, elle est devenue la première Africaine à réaliser l’ascension du Mont Blanc. Rencontre avec une jeune femme qui a toujours envie d’aller plus haut.

- Comment s’est passée votre première rencontre avec la neige et la montagne ?

- J’avais 15 ans, c’était en 1989. Mes parents adoptifs étaient en montagne et moi, je les accompagnais. Je voyais l’immensité de cette chose et je ne pensais pas vraiment que l’on pouvait arriver au sommet. Au Sénégal, il n’y a que des dunes. Quand j’ai vu la neige, pour moi, c’était quelque chose de totalement incompréhensible. Je me suis dit : “Au Sénégal, on protège la neige en la mettant dans une boîte. En France, on met les gens dans une boîte et c’est eux qu’on protège !” J’ai eu à peine le temps de voir cette tache blanche que je me suis retrouvée sur les fesses : j’ai trouvé ça extrêmement bizarre et je ne comprenais pas pourquoi je glissais.

- Une première expérience difficile qui ne vous a pas empêchée de devenir alpiniste.

- Non, pas du tout ! J’ai bien dû suivre mes parents en montagne. Je me souviens que c’était pendant les vacances... d’été. C’est d’ailleurs durant cette saison que je réalise toutes mes ascensions. Je me suis entraînée avec mes parents et cela m’a beaucoup plu. Nous avons même réalisé l’ascension de l’Etendard ensemble, c’était déjà lors de ma première année en France. Je voulais atteindre des sommets plus élevés mais pour cela, je devais m’entraîner davantage. Je me suis donc inscrite à de nombreux stages où, en deux semaines, on réalise environ huit ascensions de sommets qui culminent aux alentours de 3000m.

- Qu’est-ce qui vous passionne tant dans l’alpinisme ?

- Cette envie me vient du besoin de toujours aller plus haut. D’ailleurs, au Sénégal, cela se remarquait déjà : j’escaladais les collines et, surtout, je grimpais à tous les arbres. C’est à ce dépassement des limites qu’on pense quand on fait de l’alpinisme, et pas à tous les efforts que l’on doit consentir, comme porter un sac qui pèse entre 12 et 14 kg. C’est la passion qui l’emporte.

- De là à devenir la première Africaine à réaliser l’ascension du point culminant européen.

- Oui, c’était en août 1994. Mais je n’ai été décorée qu’il y a peu par Le Grand Chevalier de l’Ordre National du Lion qui m’a nommée Chevalier de l’Ordre du Mérite du Sénégal. Je ne me doutais pas que j’étais la première Africaine à gravir le Mont Blanc. C’est une de vos consœurs de Dakar qui me l’a appris, bien après que j’aie réalisé l’ascension. Pourtant, elle n’est pas des plus difficiles : dans un bon jour, le Mont Blanc peut être franchi par 50 personnes.

- Quel est, outre cette ascension, votre “palmarès” en montagne ?

- A ce jour, je comptabilise une soixantaine d’ascensions à plus de 3000m dont les Ecrins, le Grand-Paradis ou le Mont-Rose, qui dépassent les 4000m, ou La Meige, qui est considérée comme très difficile par les spécialistes.

- Quels sont vos objectifs maintenant ?

- J’aimerais bien franchir le Kilimandjaro un jour. Mais faire de l’alpinisme en dehors de l’Europe est très coûteux, et je n’ai pas beaucoup de moyens. Sur le continent, je n’ai plus tellement de défi. Ce qui explique que la motivation diminue et que j’ai l’envie d’arrêter progressivement. A moins de trouver un mari qui partage ma passion...


Le Mont Blanc est le sommet le plus élevé des Alpes, il se situe en Haute-Savoie (France), près de la frontière italienne. Il culmine à 4807m et fut franchi la première fois par le D r Paccard en 1786.