Spyridon Louis, héros malgré lui

Spyridon Louis a remporté la première médaille d'or des Jeux modernes en 1896. Rencontre avec son petit-fils, à deux jours du marathon mythique.

ANGÉLIQUE KOUROUNIS

M. Louis, cela n'est pas trop dur de porter le nom de votre grand-père quand on n'est pas vraiment sportif?

Peut-être pour quelqu'un d'autre, mais moi je suis né avec ce nom et ce prénom et je les porte avec fierté. C'est dommage qu'aucun membre de la famille n'ait continué la tradition. Mais même si je ne fais pas d'athlétisme, j'aime faire du ski, du surf et du parachutisme.

Qu'est ce qui a fait que votre grand père a gagné?

C'était un homme venu de nulle part. Un paysan qui transportait de l'eau deux, voire quatre fois par semaine sur son âne de Maroussi (là où habitaient les Louis) à Athènes. Sa participation aux Jeux était un hasard. Il a couru pour l'honneur de la famille. Il a gagné avec sa force à cause de son métier et parce qu'il croyait en deux choses: sa patrie et sa bien aimée Eleni qu'il voulait impressionner.

Pour gagner il faut obligatoirement croire en quelque chose?

Oui. Il faut avoir des idéaux, croire en son pays, mais je salue tous ceux qui participent aux JO car participer c'est déjà gagner. Je suis très content que les Jeux aient lieu de nouveau ici 108 ans après. A l'époque, ils étaient plus simples. Aujourd'hui tout est plus compliqué et les athlètes qui y participent et qui rapportent des médailles ont vraiment du mérite...

Vous n'avez pas connu votre grand père puisqu'il est mort en 1940, mais vous avez été élevé dans son culte?

Oui, absolument et ce que me racontait mon père prouve sa force de caractère peu commune. C'est bien relaté dans la presse de l'époque. Après la victoire, il est entré dans les vestiaires et là on a commencé à le masser comme on le faisait pour tous les marathoniens. Il s'est mis à crier: « Que faites-vous? c'est une honte! Arrêtez! Vous me retardez, je veux aller à Maroussi porter la bonne nouvelle» Après avoir couru un marathon, il voulait encore courir jusqu'à Maroussi pour annoncer la victoire. Cela veut tout dire!

Cette victoire a-t-elle changé la vie de votre famille?

Oui et non. Pour le remercier, le CIO de l'époque lui a donné un chariot pour transporter l'eau et 25000 drachmes, une fortune (NdlR: le budget total des jeux 1896 était d'un million de drachmes), mais il a refusé car il a couru pour sa patrie pas pour l'argent. Nous, on a reçu son histoire en héritage c'est pas mal.

Que diriez-vous aux jeunes qui participent?

Je dirai que pour gagner il faut se fixer un but et des idéaux. Sans idéaux on n'arrive à rien, avec le dopage, on n'arrive à rien. Il faut croire à un idéal, à sa patrie, ou à la gloire sinon c'est pas la peine. Pour moi, l'esprit olympique est capital à l'heure actuelle, où on manque de ce genre de repères...

© Les Sports 2004


Une légende démentie Spyros Louis mesurait 1,84 m et avait 24 ans quand il a couru le premier marathon de l'époque moderne. Son petit-fils et homonyme Spyridon Louis était trop vieux pour être relayeur de la flamme olympique c'est donc son arrière-petit-fils et fils de Spyridon Louis junior, Manolis qui a relayé la flamme quand elle est revenue au pays. La légende parfaitement démentie par sa famille dit que s'il a gagné le marathon en 1896 c'est parce qu'il a utilisé un raccourci. A l'époque il n'y avait évidemment pas de camera de surveillance pour vérifier ces dires et le musée Spyros Louis à Maroussi ne dit aucun mot sur la question. Enfin si la médaille de Spyridon est conservée dans le petit musée du complexe olympique d'Oaka à Athènes, la coupe, elle, n'a été exposée que quelques heures à l'inauguration de l'exposition «Pierre de Coubertin et le miracle grec», qui retrace l'histoire des Jeux. Sinon elle reste sous la garde de son petit-fils qui affirme, avec un petit sourire malicieux, «je ne la laisse jamais loin de moi!»

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