La preuve par 9 de maître Stefan

C'est gagné et bien gagné. Voici à peine quelques années, on pensait que les six titres de Joël Robert ne seraient jamais égalés. Puis est arrivé ce phénomène de Stefan Everts. Non seulement le fils d'Harry, qui fut lui-même le protégé de notre J.R. national et champion du monde également, égala ce record mais il l'a transformé hier en un Everest du motocross.

La preuve par 9 de maître Stefan
©BELGA
Ph. B.

C'est gagné et bien gagné. Voici à peine quelques années, on pensait que les six titres de Joël Robert ne seraient jamais égalés. Puis est arrivé ce phénomène de Stefan Everts. Non seulement le fils d'Harry, qui fut lui-même le protégé de notre J.R. national et champion du monde également, égala ce record mais il l'a transformé hier en un Everest du motocross.

Il faudra vraisemblablement plusieurs générations de pilotes pour que ce record soit égalé ou amélioré, si jamais il l'est un jour. Ce dont nous doutons. On savait l'échéance inéluctable, mais tout le monde espérait la vivre, ce week-end, dans ces sables hollandais qu'il a toujours apprécié, pour permettre à un maximum de ses supporters de participer à cette fête exceptionnelle.

A la veille de cette course qui pouvait donc le sacrer, Stefan Everts affichait une superbe confiance, comme il l'avait déjà confirmé le samedi à l'occasion des essais chronométrés. Il ne fit d'ailleurs que trois tours lors de ces qualifications: une première boucle de lancement, une seconde pour placer les aiguilles du chrono si bas que seul Ramon put faire mieux, mais après moultes tentatives, et enfin un tour pour rentrer calmement aux paddocks.

Au bord de la... chute!

On frémit cependant à l'heure du premier départ: coincé entre Townley et Léok, Stefan fut en effet à deux doigts d'être impliqué dans leur impressionnant carambolage en pleine ligne droite et à pleine vitesse. «C'est ce que je craignais le plus, avoua dimanche soir Stefan. Une chute et un guidon plié pouvaient parfaitement m'empêcher de clôturer ce championnat».

Car, malgré les conseils de son entourage lui rappelant qu'il n'était pas forcé de conclure absolument ce week-end, Stefan voulait balayer toutes incertitudes mathématiques. Pichon échappait lui aussi de justesse à cette cabriole, mais c'était pour mieux plonger quelques hectomètres plus loin lorsque sa Honda partait en ciseaux sur une des nombreuses bosses que comportait ce circuit particulièrement défoncé. Le rythme de notre compatriote était démentiel et même un Ramon en belle forme ne put y résister. Mais Steve lui donnait cependant le coup de main nécessaire en se glissant devant Coppins, imité un peu plus tard par Townley, déchaîné, parti dernier et qui avait même fait un arrêt au stand pour arracher son garde-boue avant cassé. Coppins, seulement quatrième, perdait ainsi, grâce aux deux ex-KTM boys, les cinq points nécessaires à Everts pour confirmer son neuvième titre.

Encore fallait-il disputer la seconde manche. Stefan partait comme un boulet de canon, mais Townley répliquait. Un mano a mano vraiment gratuit et plein de risques inutiles dans le chef de notre compatriote fit ainsi frémir le clan Yamaha/Rinaldi. Heureusement le Belge se calmait mais sans perdre son sens de l'observation. Après dix minutes, il trouvait aisément l'ouverture et reprenait le commandement. Townley ne pouvait suivre, Ramon et Coppins encore moins et Stefan, impérial, en pleine démonstration de son art, fonçait vers le neuvième bain de foule de son incroyable carrière!

Stefan ayant décroché son 9e titre de champion du Monde. (PHOTO NEWS)

© Les Sports 2005


Joie populaire Soudain, les barrières s'effondrèrent et une colonne multicolore, hétéroclite comme celles qui jadis partaient en croisade pour reconquérir Jérusalem, oriflammes et drapeaux au vent, s'avança décidée en rangs serrés, provoquant un mouvement de stupéfaction, puis de légère panique au sein du service d'ordre. Bardés de bleu blanc rouge, non pas en l'honneur des deux furtives apparitions du Français Pichon, non pas en hommage au drapeau néerlandais, mais fiers de porter les mêmes couleurs, le même maillot frappé du célèbre n°72 de leur idole, les supporters d'Everts prirent d'autorité possession de la piste. Comme lui! Bras levé au ciel, moto poursuivant sur sa lancée, Stefan s'engloutit dans cette marée humaine qui le happa littéralement pour le faire bondir et resurgir quasi instantanément sur un pavois d'épaules. Un triomphe romain aux allures très gauloises pour une 86e victoire en Grand Prix et un 9e titre exceptionnel dans l'histoire du motocross. «Je suis heureux! parvenait à déclarer un Stefan ballotté de bras en mains et de mains en bras. Mais ma plus belle victoire de l'année je l'ai enlevée à Namur. Me glisser devant mes adversaires à un endroit où ils ne s'attendaient jamais à me voir surgir constituera toujours pour moi mon plus beau fait d'armes de cette saison.» A prudente proximité, Kelly, tenant son fils Liam tout aussi haut perché que son père, observait la joie populaire qu'engendrait son compagnon, sachant, elle, les efforts que ces moments de liesses lui avaient imposés. Oublié, esseulé, avalant une bouteille d'eau, Joshua Coppins, titubant quelque peu, regagnait sa tente, sans un regard pour son dominateur, mais les oreilles pleines des clameurs rappelant son échec. © Les Sports 2005