Dans les coulisses des finales du championnat étudiant de l'Aseus: "Les Flamands ont plus de moyens que les francophones"

Ce mercredi, à Gand, se tenaient les finales nationales du championnat sportif de l'Aseus, réservé aux étudiantes et étudiants du supérieur. À la clé : un bilan sportif et extra-sportif plutôt mitigé pour nos universités et hautes écoles francophones.

Dans les coulisses des finales du championnat étudiant de l'Aseus: "Les Flamands ont plus de moyens que les francophones"
©Thibault Debrus
Thibault Debrus

En bordure de Gand, de part et d'autre de la Watersportbaan, des contingents d'étudiants francophones et néerlandophones s'apprêtent à croiser le fer. Après avoir remporté les finales francophones du championnat sportif de l'Aseus à Louvain-La-Neuve, le 30 mars dernier, les équipes de trois universités (ULiège, ULB et UCLouvain) et deux hautes écoles (HEPL et HE Vinci) francophones se mesurent à leur équivalent flamand. L'enjeu ? Décrocher le premier titre de champion national mis en jeu depuis 2018, dernière édition en date.

Un début de journée idéal pour les francophones

Pour l'occasion, quasiment toutes les infrastructures sportives du campus de l'université de Gand sont réquisitionnées. Mais pas seulement, la première finale du jour se tient sur le somptueux terrain de La Gantoise, l'équipe professionnelle de hockey. Excusez du peu.

Les étudiants de l'UCLouvain ouvrent donc le bal face à ceux de l'AU Gent, sur le coup de 11h. Entre les deux équipes, que ça soit sur le banc ou en tribune, un déséquilibre saute aux yeux. Les Gantois, à domicile, peuvent compter sur une équipe complète et une dizaine de supporters. "Vu ce ciel bleu, on a le droit d'avancer l'heure de début de l'apéro", lance d'ailleurs l'un deux, débarquant bière à la main. Côté francophone, quelques joueurs n'ont pas su répondre présent et, dans les gradins, seule une maman ayant fait le déplacement donne de la voix. "Il y a plusieurs absents,c'est pas fair-play d'avoir organisé cette finale le même jour que le Welcome Spring Festival. Surtout que c'est un long déplacement", regrette-t-elle, en faisant référence aux festivités qui se tiennent au même moment à Louvain-La-Neuve. L'ambiance plutôt feutrée n'impacte cependant en rien l'intensité de la partie. Les deux équipes tiennent à clôturer leur beau parcours par ce titre et, au bout d'une séance de shoot-out arrachée à la dernière seconde, ce sont les Wolves qui exultent.

Quelques centaines de mètres plus loin, s'achève la finale féminine de handball. Ici, l'ambiance monte d'un cran. Un groupe de quatre étudiants de l'UCLouvain, a fait le déplacement et fait monter la température. "Nous aurions pu être aussi sur le terrain", explique l'un d'eux. "Mais notre équipe masculine de handball a échoué en finale francophone. On est donc venu encourager les filles qui, elles, sont parvenues à se qualifier. Nos deux groupes sont très soudés". Dans une ambiance électrique, saupoudrée de nombreuses contestations arbitrales, les francophones remportent finalement ce derby louvaniste, contre la KU Leuven. Pas de quoi réanimer des tensions communautaires pour autant... "L'équipe est composée d'une majorité de Françaises, qui sont venues en Belgique pour faire la kiné", assure ainsi un étudiant, alors qu'une large délégation liégeoise pénètre le hall.

Deux salles, deux ambiances

"On n'a pas fait deux heures de route pour rien, hein !", lance d'emblée un étudiant de la Haute École Provinciale de Liège, trahi par son accent. Le ton est donné. Pendant plus de quatre heures, les étudiants de l'HEPL vont enfin offrir une ambiance digne d'une finale, quasiment à la hauteur de celle qui s'est tenue trois semaines plus tôt à Louvain-La-Neuve. Les équipes liégeoises de handball hommes, de futsal hommes et de futsal dames vont se succéder les un(e)s après les autres. L'occasion, chacune à son tour, de donner de la voix pour ses camarades. Le balcon qui surplombe le parquet du hall est rouge de monde, tandis que les chants et même les tambours rythment les pas de cheerleaders en bord de banc. Le contraste avec l'ambiance de la finale de water-polo, de l'autre côté du bâtiment, ou même avec celle de football, de l'autre côté du Watersportbaan, est saisissant.

En effet, la plupart des autres équipes n'ont, malheureusement, pas eu cette chance d'évoluer majoritairement au même endroit, comme l'HEPL. La répartition entre différents sites, parfois éloignés de plusieurs kilomètres, ainsi que le planning chargé, n'ont pas facilité les déplacements. D'autant que, malgré la longue attente depuis la dernière édition, assez peu d'étudiants ont répondu à l'appel. "C'est vrai qu'on est un peu déçu par la mobilisation des étudiants. Mais, le fait que ça se déroule à Gand, à quelques semaines du blocus, n'aide pas. Cela implique de sacrifier une journée entière d'étude", commente ainsi Sarah Nyundu, chargé de communication pour Aseus. "Les bus mis à disposition par l'université partaient à 8h30 de Louvain-La-Neuve, ça n'a pas motivé grand monde" constate aussi un étudiant. L'organisation de l'événement, qui s'est faite bien avant la levée des dernières restrictions sanitaires, contribue aussi probablement à cette petite désillusion. "Même si c'était finalement envisageable de le faire, on n'a pas organisé de réception communautaire en fin de journée, comme on fait d'habitude. Du coup, en général, les étudiants sont repartis après leur match ou sont restés en petit groupe",note la représentante d'Aseus.


Quant au bilan sportif, lui aussi mitigé (6 victoires francophones, contre 9 néerlandophones), Sarah Nyundu nuance : "On est un peu déçu parce qu'on a très bien commencé la journée. Mais il faut rester lucide, les Flamands ont plus de moyens et l'emportent quasiment toujours. Dans tous les sports ou presque, ils ont des étudiants dans les équipes nationales. Nous, on est déjà content d'avoir pu participer à toutes les rencontres, sans devoir déclarer forfait. Car dans certains cas, les coachs ont dû trouver des remplaçants en 'last minute' ".

Même si ce sont finalement les Wolves de l'UCLouvain qui ont retraversé la frontière linguistique avec le plus grand nombre de médailles dans la besace (3), ce sont bien les Liégeois qui auront marqué les esprits. Tout au long de la journée, une sorte de distance s'est, semble-t-il, maintenue entre francophones et néerlandophones. Ce qui n'a pas empêché les étudiants de l'HEPL de chaleureusement partager la troisième mi-temps avec leurs homologues de la KUL. Avant de, potentiellement, se dire à l'année prochaine.

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