Le baby-foot, un sport en quête de reconnaissance

En maillot floqué, les équipes jouent du poignet dans une salle bondée. Plus de 1 000 joueurs du monde entier disputent à Nantes, jusqu’à dimanche, la Coupe du monde de baby-foot et espèrent offrir une visibilité à cette discipline en quête de reconnaissance.

Le baby-foot, un sport en quête de reconnaissance
©AFP

“Comme tous les sportifs”, Lianne Nijmeijer, membre de l’équipe des Pays-Bas, a pris un nouveau rythme en prévision de la compétition : une heure de jeu par jour, sept heures de sommeil et moins de sorties. Mais plus que pour le podium, la jeune femme de 31 ans a passé les qualifications pour offrir “prestige et visibilité” à une discipline que beaucoup “ne prennent pas au sérieux”.

“C’est une activité physique pratiquée partout dans le monde, on a des compétitions. Et pourtant, aux Pays-Bas, l’équipe doit s’entraîner dans les bars parce que les financements sont réservés aux fédérations sportives”, soupire Lianne Nijmeijer, en maillot orange fluo.

Yeux plissés et dos légèrement courbé, Adam Tourmente, triple champion de France âgé de 20 ans, affronte un adversaire allemand. Autour de lui, une dizaine de spectateurs admirent ses tirs.

“C’est notre Mbappé à nous”, s’amuse Lou, 18 ans, venu en amateur.

Trop éloignés dans les gradins pour suivre la petite balle, les spectateurs déambulent entre les 250 tables.

Organisée tous les deux ans par la Fédération internationale de football de table (ITSF), la coupe du monde réunit cette année à Nantes, des représentants de quarante-cinq pays, qui s’affrontent en simple, double et en équipes.

“C’est une belle compétition mais ce n’est pas une course à la médaille. L’objectif premier, c’est d’institutionnaliser cette discipline fédératrice, qui, puisqu’elle ne nécessite qu’une table, efface les frontières entre classes sociales”, défend Farid Lounas, fondateur de l’ITSF.

Il bataille depuis vingt ans pour faire reconnaître sa discipline en tant que sport par le ministère français et ainsi obtenir les fonds nécessaires au soutien des clubs locaux. Si la France lui a opposé “plusieurs refus”, d’autres pays ont déjà passé le cap, comme la Chine, l’Iran, la Somalie et, depuis le début d’année, l’Italie.

Avant chaque match, les joueurs installent sur les tables leurs propres poignées, adaptées à leur technique de jeu, et les entourent de bandes antidérapante. “La paume qui glisse au moment de tirer, c’est une erreur de débutant”, balaye Nassim Mahieddine, 19 ans, “grip” jaune fluo à la main, venu de Valenciennes disputer la Coupe aux Américains, champions en titre.

Un peu plus loin, Joe Ueno, patron de la fédération japonaise, filme le match que disputent ses compatriotes, maillots noirs et masques assortis.

“Si on est testé positif au Covid en revenant, il faudra faire une quarantaine. Mais ça ne nous a pas découragés, si on veut être reconnu en tant que discipline sportive, il faut être actif”, explique l’architecte de 63 ans, joueur “vétéran”.

La fédération camerounaise aussi a fait le déplacement pour “gagner en légitimité”. En revenant de Nantes auréolé d’une compétition disputée à l’étranger, Jules Epotie espère convaincre les pouvoirs publics de financer des tables pour les jeunes désœuvrés de Yaoundé. “Hélas au Cameroun, on n’aime pas trop que les enfants y jouent. Comme il n’y en a que dans les bars, c’est vu comme un jeu de voyous. Ça doit changer”, affirme-t-il.