Mondiaux d’athlétisme : Anne Zagré chute sur le dernier obstacle en recourant sa série du 100m haies

La Bruxelloise a vécu une journée décidément pas comme les autres, ce samedi, dans l’Oregon.

Mondiaux d’athlétisme : Anne Zagré chute sur le dernier obstacle en recourant sa série du 100m haies
©AFP

C’est une image inhabituelle à laquelle les milliers de spectateurs présent à Hayward Field ont eu droit, ce samedi, sur le coup de 16h55, en voyant Anne Zagré seule au départ d’une série du 100m haies. La Bruxelloise avait effectivement obtenu, de la part du jury d’appel, le droit de recourir sa course du matin après que le dixième obstacle dans son couloir a été renversé en pleine chute par l’Américaine Nia Ali au couloir voisin. Son objectif : signer un chrono inférieur à 13.12, correspondant au temps de la dernière repêchée au temps à l’issue des séries.

Trois rangées de haies avaient été disposées dans les couloirs 5, 6 et 7, notre compatriote prenant place dans les starting-blocks au 6, le même qu’en matinée. Après un bon départ, Anne Zagré, fortement encouragée par tout le stade, semblait partie pour réussir son pari. Jusqu’à une erreur fatale sur la dernière haie, sa jambe de retour heurtant l’obstacle et la déséquilibrant. L’athlète de 32 ans ne put éviter la chute, tombant lourdement sur son épaule gauche avant de rouler jusqu’à la ligne, arrêtant le marquoir électronique sur le chrono anecdotique de 14.09. La foule, qui avait crié son effroi face à une telle mésaventure, acccompagna la hurdleuse belge avec de nouveaux applaudissements.

Lorsqu’elle s'est présentée devant les journalistes belges, après s’être arrêtée de nombreuses fois pour les télévisions étrangères et être passée chez le médecin pour se faire apposer des pansements sur l’épaule et sur la main, Anne Zagré, gardant le sourire malgré tout, a tenté d’analyser ce qui lui était arrivé.

"Je n'ai pas vraiment préparé cette course. Je suis venue, j'ai couru et je suis tombée", résume-t-elle d'abord ironiquement. "Ce n'était pas difficile psychologiquement, en réalité j'étais même contente d'avoir reçu cette opportunité de courir à nouveau. J'ai appris la nouvelle quand j'étais à l'hôtel. J'ai dit oui tout de suite, surtout que je n'étais pas contente de la manière dont j'avais exécuté ma course le matin. Je n'étais pas non plus spécialement nerveuse. Je crois simplement que je fais exactement la même erreur qu'à Doha : je sais que je suis bien et j'ai envie de me précipiter, d'arriver vite à la ligne et j'oublie en fait d'exécuter correctement la dernière haie avec ma jambe de retour. Ce n'était pas la meilleure des courses, il y a eu un ou deux intervalles qui étaient moyens, mais j'ai quand même bien accéléré. J'étais sans doute partie pour un bon chrono, mais voilà. Quand je me sens tomber, ça va tellement vite. Je me suis dit que ce n'était pas ma journée tout simplement. Je n'ai pas les mots. J'ai des égratignures, un peu mal à la main mais rien de grave. J'ai essayé de quand même rester placée, de rouler jusqu'à la ligne d'arrivée en espérant quand même faire le chrono, on ne sait jamais (sourire)."

Cette erreur technique a définitivement anéanti ses chances d'atteindre les demi-finales. La conclusion d'une journée pour le moins atypique. "Courir seule ne m'a pas dérangée", assure Anne. "Les gens étaient très sympas. C'est sûr que dans la chambre d'appel, c'était particulier d'être toute seule. Je crois que ces championnats du monde, je vais m'en rappeler ! Mais les bénévoles étaient super sympas, j'ai reçu beaucoup d'encouragements, d'applaudissements, avant ma course."

À l'issue de celle-ci, la Bruxellois s'efforçait déjà de relativiser ce qui lui était arrivé."Je me dis que c'était une journée sans, que je n'ai pas su saisir l'opportunité. It is what it is ! Je n'ai peut-être pas encore assez de recul", disait la hurdleuse, réconfortée dans la zone d'interviews par l'ancienne championne du monde américaine Gail Devers. "Elle m'a beaucoup parlé, ça m'a vraiment fait du bien. Elle m'a dit de me souvenir de sa course de 1992, elle m'a dit aussi des choses comme 'Dieu a un plan', 'cela n'arrive pas pour rien', que j'allais en sortir plus forte, elle m'a demandé s'il y avait d'autres échéances, etc. Elle m'a même donné son numéro, son email, c'est vraiment super sympa. Et puis elle m'a donné des conseils : tu as voulu te précipiter, tu n'as pas terminé la haie, etc. Cela m'a fait chaud au coeur. Et du coup ça me rebooste quand même. Je n'ai pas encore dit mon dernier mot ! Je ne sais pas pourquoi ça m'arrive à moi, qui ai connu tellement d'échecs, tellement de larmes. J'espère que c'est pour quelque chose de mieux bientôt… Peut-être le mois prochain (Ndlr: à l'Euro de Munich) ! Je crois à ce genre de destin pour les autres, comme pour Cynthia (Bolingo) qui vit des choses tellement difficiles et dont je suis convaincue que la finalité sera quelque chose d'énorme, alors j'essaie d'appliquer cet état d'esprit pour moi aussi."