ENVOYÉ SPÉCIAL À ATHÈNES

«Nous avons couru un marathon au rythme d'un sprint.» Cette phrase prononcée il y a peu par Gianna Angelopoulos, présidente du comité d'organisation des Jeux, résume à elle seule la difficulté qu'eut Athènes d'être à temps dans les starting-blocks. Et encore, à y regarder de plus près, si le gros oeuvre est terminé, les finitions laissent à désirer.

C'est ainsi que dimanche dernier, alors que le vent du Nord tourbillonnait, on ne se serait pas cru, faute de pelouses, à 500 mètres de la flamme olympique mais bien à Ouarzazate en pleine tempête du désert. Sur le site qui accueille la voile, à Aghios Kosmas, on a certainement dallé sur une surface instable, si bien que le passage du lourd charroi - il faut quand même bien amener les bateaux - a brisé une bonne partie des dalles. Pour peu que l'on soit attentif, de tels exemples foisonnent.

La question à se poser est de savoir si Athènes était le bon choix. En 2000, déjà, Juan Antonio Samaranch, alors président du CIO, fut, vu l'état d'avancement des travaux, à deux doigts de retirer à Athènes l'organisation des Jeux de 2004. Plus récemment, Jacques Rogge, son successeur, déclara: «Les prochains Jeux seront attribués à des sites ayant déjà un maximum d'infrastructures en place.» Voilà une petite phrase qui en dit long.

Prêts mais à quel prix!

Avec les Jeux, la Grèce s'est mis un mammouth sur le dos car outre la majeure partie des infrastructures sportives, il a fallu construire de nouvelles lignes de métro (1,6 milliard d'euros), un périphérique (950 millions), un tramway côtier (350 millions), une liaison ferroviaire entre l'aéroport et le centre-ville (640 millions), sans compter les 175 millions d'indemnités d'expropriation. Menés dans l'urgence, ces travaux ont engendré un surcoût colossal - 30pc en moyenne -, sans compter les infrastructures qu'il faudra démonter après les Jeux parce qu'elles ont été construites à la hussarde et présentent, de ce fait, de sérieux vices même pas cachés...

Bref, le 30 août prochain, la Grèce risque de se réveiller avec la gueule de bois et, surtout, une note à régler de près de 8 milliards d'euros alors que le budget initial des Jeux ne devait pas excéder les 4,6 milliards.

Si les extrémistes existent, le sentiment de la population est mitigé, partagé entre la fierté d'accueillir les Jeux, de disposer désormais d'infrastructures de premier ordre, et l'aigreur d'avoir cette note à régler, une chape de plomb qui va peser sur plus d'une génération. A l'heure d'aujourd'hui, les contribuables québécois sont encore en train d'effacer l'ardoise laissée par les dépenses somptuaires qui avaient été engagées lors des Jeux de... 1976.

Si l'Europe a pris à sa charge 50pc du montant des travaux visant à l'amélioration des transports, en 2006, quand le flot des subventions européennes se tarira, la Grèce ne pourra plus prétendre à la même générosité. Au contraire, elle devra y aller de sa poche pour contribuer au développement des nouveaux européens.

Voilà un constat qui - malheureusement - donne raison à ceux qui estiment qu'une telle manifestation ne peut désormais revenir qu'aux grandes puissances économiques. La dernière fois que les Jeux furent organisés dans un plus petit pays que la Grèce, c'était en 1952 à Helsinki, en Finlande.

Une autre époque...

© Les Sports 2004