Le Kényan Eliud Kipchoge tente une nouvelle fois de courir un marathon en moins de 2 heures. Pour prouver que l’homme n’a pas de limites.

L’homme n’a pas de limites". "Une chance de réécrire l’Histoire". "Il y a des moments qui définissent une génération". "Le dernier jalon de l’athlétisme". Les formules chocs ne manquent pas pour présenter, sur Internet, le "1h59 challenge" qui verra (ce samedi, en principe) le coureur kényan Eliud Kipchoge s’attaquer à la barre des 2 heures sur le marathon.

La tentative devrait avoir lieu lors d’un marathon "non-officiel", ce samedi 12 octobre donc, à Vienne - avec une possibilité de décaler la course jusqu’au 20 octobre si la météo n’est pas favorable.

Courir le marathon en moins de deux heures ne peut évidemment être réalisé que par un athlète originaire d’Afrique de l’Est - dans le top 10 des marathoniens ne figurent que des Kényans et des Éthiopiens. Et celui qui semble le mieux placé pour effacer cette barre mythique est certainement Kipchoge (34 ans), actuel meilleur performeur mondial sur les courses d’endurance. Pour le moment, son record du monde du marathon (2’01"39), réalisé dans des conditions "normales" à Berlin en septembre 2018, est encore assez éloigné des 2 heures. Il lui faudra donc gagner plus de 2 secondes au kilomètre par rapport à ce record personnel pour décrocher son Graal.

Un précédent sur le circuit de Monza

Vainqueur du marathon des JO de Rio (2016), Eliud Kipchoge court régulièrement (et est quasiment invaincu) sur cette distance depuis 2013. Il a remporté la plupart des courses légendaires de la discipline : Berlin, Londres, Chicago… Mais c’est bien à Vienne, sur un parcours rapide, quasiment plat et abrité du vent, que le Kényan espère marquer l’histoire de l’athlétisme.

Pour ce faire, il bénéficiera de l’aide de 41 "lièvres" (des coureurs chargés d’assurer un tempo parfait et de le protéger du vent), à commencer par les frères norvégiens Ingebrigtsen (Henrik, Filip et Jacob), trois spécialistes des courses de (demi-)fond, et plus précisément des distances allant de 1500 m à 5000 m. "Pour nous, ce ne sera pas une compétition, nous serons juste ses assistants", a récemment expliqué l’un des frères, estimant que Kipchoge est armé pour réussir à descendre sous les 2 heures. Il n’a d’ailleurs pas été loin d’atteindre ce but lors d’une première tentative : en mai 2017, le Kényan a couru un marathon, sur le circuit automobile de Monza (Italie), en 2 heures et 25 secondes. Mais cette performance n’a pas été homologuée par la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF), Kipchoge ayant bénéficié notamment de ravitaillements sur mesure et d’une voiture qui lui donnait le tempo et l’abritait du vent.

Exploit sportif ou buzz médiatique ?

Dans la capitale autrichienne, Kipchoge s’alignera sur un circuit plat de 9,9 km tracé en ligne droite, à parcourir un peu plus de 4 fois. L’équipe du coureur kényan espère que la météo ne fera pas des siennes et signerait des deux mains pour une température autour des 15 degrés, idéale pour des courses de longue distance. Mais, cette fois encore, la performance du longiligne coureur kényan (54 kg pour 1,67 m), qui bénéficie du soutien (financier) du géant pétrochimique britannique Ineos et est aussi sponsorisé par Nike, ne pourra être homologuée, car les "lièvres" devraient régulièrement être changés pendant la course, ce qui est interdit par l’IAAF - qui considère que ce n’est pas un marathon classique mais une épreuve "sur mesure" pour Kipchoge.

La tentative ne manque d’ailleurs pas de susciter quelques critiques chez les puristes de la discipline qui estiment qu’il s’agit davantage d’un événement médiatique et commercial que d’un exploit sportif. Mais peu importent les grincheux, Kipchoge, qui s’est préparé dans un camp d’entraînement situé à 2 500 m d’altitude au Kenya, s’apprête surtout à essayer d’atteindre l’Everest de la course à pied. Et prouver "qu’il n’y a pas de limites pour l’homme".