Ira, ira pas ? La question a agité les chancelleries occidentales au plus fort de la répression chinoise au Tibet, à la mi-mars. Fallait-il boycotter, non les Jeux olympiques, mais la cérémonie d'ouverture, le 8 août à Pékin ? Un séisme plus tard, la question est un peu dépassée. Aucun dirigeant, ayant annoncé sa présence, ne pense plus à poser ce geste. "Cela montre combien, à l'heure actuelle, les politiciens sont obligés de réagir dans l'urgence; combien, sollicités par les médias pour réagir dans l'immédiat, ils inventent quelque chose qui, quelques mois plus tard, est très largement dépassé par les faits", souligne, le regard tourné vers Paris (lire ci-dessous), le professeur Jean-Michel De Waele, directeur du Centre d'Etude de la vie politique (Cevipol), à l'Université libre de Bruxelles.

"C'est la première fois qu'une cérémonie d'ouverture prend une telle importance; c'est la première fois qu'on lui donne cette importance-là. On va remarquer les absents. Il faudra voir s'il y a des évolutions à la dernière minute. Est-ce que certains hommes politiques ne vont pas décider, pour sauver un certain nombre de contrats économiques ou pour ne pas provoquer la colère de Pékin, de néanmoins aller à la cérémonie d'ouverture ?", s'interroge Jean-Michel De Waele, qui juge que "cette cérémonie n'est pas si importante que cela et qu'il y a des tas de cérémonies d'ouverture auxquelles des tas d'hommes politiques ne sont jamais allés".

Le boycottage de la cérémonie d'ouverture, même une organisation de défense des droits de l'homme comme "Amnesty International" ne le prônait pas. "Un boycott aurait été inefficace et la population chinoise l'aurait mal compris", explique Françoise Guillitte, la porte-parole d'"Amnesty International - Belgique". L'association aurait cependant souhaité que les athlètes, belges y compris, puissent être plus libres d'exprimer d'une façon ou d'une autre leur point de vue lors de cet événement, un peu à l'image de ce que les sportifs français avaient imaginé un temps, le port d'un badge encore très "gentil", ce qui leur fut refusé.

"De la bonne conscience d'Occidental"

Jean-Michel De Waele relativise, du reste, la portée de la cérémonie du 8 août : "Il est bien entendu que les citoyens chinois ne sauront pas qui n'est pas venu, encore moins les citoyens tibétains, encore moins les dissidents emprisonnés, encore moins les paysans que l'on chasse de leurs terres... C'est un peu de la bonne conscience de dirigeants qui agissent à l'occidentale. Ce n'est pas si important que cela. Si les Occidentaux faisaient des droits de l'homme et de la démocratisation de la Chine un enjeu majeur, cela se saurait depuis très longtemps. Nous vendons énormément de produits à Pékin; nous achetons énormément de produits à ce gouvernement tout en sachant que les droits de l'homme sont violés, que la croissance économique chinoise se fait au prix d'une véritable terreur sociale et d'un non-respect des normes environnementales. On est nettement moins sévère vis-à-vis de la Chine qu'on l'a été vis-à-vis de l'Union soviétique, il y a quelques années". Et on peut s'interroger, ajoute le professeur de l'ULB, un brin énervé : "Pourquoi faudrait-il que ce soit le Comité olympique qui devienne l'instrument des droits de l'homme et de la démocratie en Chine ? Les multinationales vont en Chine, les chefs d'Etat et de gouvernement vont en Chine, les banques vont en Chine, les touristes vont en Chine... Pourquoi faudrait-il que le mouvement sportif, et lui seul, doive respecter des normes que le monde économique, par exemple, ne s'applique absolument pas à lui-même ?".