Vincent Kompany, l'un des meilleurs footballeurs belges du moment, n'aura donc pu honorer son engagement de se battre jusqu'au bout pour l'équipe nationale olympique inscrite de haute lutte aux JO de Pékin. Il a dû renoncer aux valeurs que ses parents lui avaient inculquées, à savoir "avoir l'audace de prendre des décisions qui s'avèrent justes", selon les mots prononcés par la maman du joueur peu avant sa mort.

Kompany avait pris, seul, en âme et conscience, le risque de résister à la pression de son club, Hambourg, lequel réclamait son retour à la veille de l'entame du championnat allemand. Ce choix chevaleresque a été réduit à rien dès lors que l'Union belge a sacrifié son joueur sur l'autel du réalisme footballistique, tellement éloigné des idéaux olympiques.

D'un point de vue moral, c'est navrant. Ce qui l'est tout autant, c'est la façon lamentable dont cette affaire a été menée par une fédération qui se ridiculise chaque fois qu'elle en a l'occasion.

Certes, l'Union belge avait, le 22 juillet, conclu un accord avec Hambourg, aux termes duquel il était convenu qu'une évaluation serait faite entre l'URBSFA et le club hanséatique après les matches des Diablotins contre le Brésil et la Chine. Certes, un peu plus tard, le Tribunal arbitral du sport donnait, contre l'avis de la Fifa, raison aux clubs désireux de garder à leur disposition leurs meilleurs éléments.

La Fédération avait donc quelques raisons de craindre qu'en soutenant Kompany, elle s'expose aux foudres d'Hambourg et se voie demander des comptes. Mais son devoir était de gérer cette situation sans atermoiements. S'il fallait prendre le contre-pied du joueur, c'était avant qu'il se positionne, pas après. Le raisonner, OK. Le trahir, non.

En vérité, on a assisté, à Pékin, à une tragi-comédie, qui en dit long sur l'amateurisme d'une fédération naine, usée, incapable de communiquer clairement, qui a délégué en Chine, comme officiels, des sous-fifres dépassés par les événements et a manoeuvré le dossier depuis Bruxelles dans la plus grande des cacophonies.

Cette attitude pourrait coûter cher à l'équipe belge ce mercredi (elle joue sa qualification); entraîner le refus de Kompany de jouer encore pour les Diables Rouges, dont on a compris que l'Union belge faisait passer leurs intérêts avant ceux de l'équipe, pourtant autrement séduisante, d'un Jean-François de Sart dégoûté par la tournure des choses; et ruiner définitivement le crédit d'un football belge moribond sur les terrains mais cliniquement mort dans les coulisses.