Respect des droits de l'homme, de la liberté de la presse ou problèmes de pollution posent questions. Comment et pourquoi la Chine s'apprête-t-elle à se trouver au centre de tous les regards pendant seize jours ? Quelles sont les motivations qui ont poussé les membres du Comité international olympique (CIO) a opter pour l'Empire du milieu ?

Plus vite, plus haut, plus fort

"Le plus important aux Jeux olympiques n'est pas de gagner mais de participer, car l'important dans la vie ce n'est point le triomphe mais le combat; l'essentiel, ce n'est pas d'avoir vaincu mais de s'être bien battu." Ressuscité en 1894 par Pierre de Coubertin, le Mouvement olympique se veut, à l'origine, le garant de valeurs sportives mais également humanistes. Dès sa création, le CIO s'était entouré de "puissants" tels Léopold II, Roi des Belges, ou Édouard VII, Prince de Galles, afin de crédibiliser le mouvement et de lui conférer un caractère international. Mais les rapports entre le CIO et les "grands" de ce monde ne s'estomperont pas, une fois la notoriété de l'événement acquise (cf. ci-contre).

Depuis, le Comité semble peu à peu avoir perdu la flamme. Tout au long du XXe siècle, le choix des villes-hôtes des Jeux olympiques a répondu à des impératifs politiques. Des JO de Berlin en 1936 à ceux de Moscou ou Los Angeles en 1980 et 1984, les enjeux internationaux ont dicté leur loi. Et c'est d'ailleurs à l'issue de cette dernière Olympiade mais surtout avec la fin de la guerre froide que le CIO va connaître une mutation profonde. A l'instar de ce que réalisait le Brésilien João Havelange à la présidence de la Fifa, l'Espagnol Juan Antonio Samaranch va faire entrer la plus grande organisation sportive dans l'ère libérale. Fortement accéléré par l'expansion de la télévision à travers le monde, l'essor économique du CIO va se révéler fulgurant.

Plus riche, plus médiatisé

Si en théorie, le Comité international garde toute prérogative dans l'attribution de l'organisation des JO, en réalité, les clés de cet octroi ne sont plus réellement entre les mains de ses membres. Aujourd'hui, le choix des sites olympiques est avant tout dicté par des impératifs économiques. Ouvertures ou développement de nouveaux marchés et plus grande exposition médiatique régissent les attributions d'organisation des Jeux. L'exemple des JO d'Atlanta étaie largement cette thèse tant l'option américaine s'oppose à la logique sportive : 100 ans après la première olympiade, la Grèce et Athènes, plus particulièrement, s'érigeaient en candidats tout désignés pour célébrer l'évènement. En tête des suffrages lors des premiers votes, la capitale hellène allait voir la métropole géorgienne lui damer le pion au dernier tour. La candidature américaine, appuyée par plusieurs sponsors parmi les plus importants du CIO, comme Coca-Cola ou Delta Airlines (qui siègent à Atlanta), rafle finalement la mise...

Opposée à Toronto, Paris, Istanbul et Osaka, Pékin s'est immédiatement imposée en candidate idéale. En plein boum économique, la Chine attise les convoitises de toutes les multinationales qui voient en la tenue des Jeux dans la "Cité interdite", une opportunité sans égale de se frayer une place dans ce marché ô combien stratégique. Si l'argument du nombre - "on ne peut pas priver un cinquième de la population de "ses" Jeux" - a raisonné en boucle en justification aux critiques, l'option pékinoise était le fait des principaux acteurs économiques gravitant autour du CIO.

Au final, le rôle de l'organisation internationale, et de son président en particulier, Jacques Rogge, s'apparente de plus en plus à de la médiation. Passé maître dans la diplomatie, notre compatriote se voit contraint de jongler entre les idéaux olympiques que le CIO prétend véhiculer et la réalité politique et économique du terrain. Ces derniers jours encore, la censure chinoise sur les sites a prouvé les limites du pouvoir du CIO sur l'évènement qu'il promeut. Pour Rogge, il s'agit avant tout de faire passer chaque pilule. De même, pour ce qui est de l'attribution des Jeux, le président et son comité exécutif n'ont guère de prise sur leurs membres soumis aux pressions des nombreux lobbies.