La question n'est pas de savoir qui peut enlever le titre de champion de Belgique, dimanche à Tervuren, mais bien d'imaginer comment Sven Nys pourrait connaître la défaite, sur un circuit que les spécialistes décrivent comme «idéal pour les costauds» ?

Car il faut remonter à la période hégémonique exercée par un autre Brabançon, Roland Liboton, dans les années quatre-vingt, pour trouver trace d'une domination aussi nette exercée par un Belge sur ses compatriotes et accessoirement sur le monde entier puisque les Flamands restent, malgré une campagne un peu moindre pour plusieurs d'entre eux, les maîtres de la discipline. Annoncée depuis plusieurs hivers, longtemps repoussée par des difficultés psychologiques à répondre présent au moment crucial mais également par l'aussi brusque que brève éclosion de Bart Wellens, son rival de toujours, l'ère Sven Nys est désormais un fait. Depuis bientôt deux saisons, le coureur de Baal près d'Aarschot et Louvain, a gagné quasi tout ce qui s'offrait à lui.

Premier crossman à réaliser le «grand chelem» lors de la saison dernière (championnat du monde, de Belgique, n°1 mondial après avoir écrasé les manches de la Coupe du monde, vainqueur du Superprestige et du Trophée «Gazet van Antwerpen»), il s'est hissé, en Flandre en tout cas, au rang des plus grandes stars du sport belge.

Troisième du référendum du Sportif belge de l'année, derrière nos autres champions du monde Tom Boonen et Stefan Everts, deuxième du Vélo de Cristal (encore devancé par Boonen), Sven Nys souffre évidemment du manque de popularité du cyclo-cross en terre francophone où, malheureusement, celui-ci ne « vit» pratiquement pas. Pourtant, c'est bien un athlète au sommet de sa forme et de ses capacités, arrivé à pleine maturité (il aura trente ans en juin), qui domine aujourd'hui de la tête et des épaules son sport.

Sur trente et une épreuves disputées cet hiver (plus un chrono), le coureur de la Rabobank s'est imposé à dix-neuf reprises! Nys, champion de Belgique de VTT, l'été dernier à... Tervuren, est bien parti cette saison pour faire encore mieux qu'il y a douze mois. Il a enlevé sept des huit courses de Coupe du Monde, finira la saison au premier rang mondial et regagnera, sauf accident, les deux principaux challenges (Superprestige et le GvA).

Il lui reste toutefois à enlever également celles qui, de tout temps, se sont apparentées pour les crossmans comme les deux courses les plus importantes de la saison, le National, couru demain dans le parc de Tervuren sur un circuit athlétique, technique et sec de 2800 mètres, et le Mondial, disputé, lui, le dimanche 29 janvier à Zeddam, aux Pays-Bas.

Sauf tremblement de terre à l'ombre du Musée de Tervuren, seuls Erwin Vervecken et Bart Wellens peuvent espérer créer, demain, ce qui serait déjà une énorme surprise: battre le «Cannibale des labourés».

© Les Sports 2006