A 22 ans, Damiano Cunego a rajeuni le Tour d'Italie cycliste dont il a enlevé l'édition 2004 marquée par les neuf succès d'étape d'un autre coureur italien, Alessandro Petacchi, le plus rapide encore à l'arrivée dimanche de la 20e et dernière étape à Milan.

La course rose, privée de têtes d'affiche étrangères, a révélé un champion en herbe, l'un des six plus jeunes lauréats de sa longue histoire. Eddy Merckx, pour sa part, avait remporté le Giro à 22 ans également lors de son succès en 1968. Le légendaire belge avait environ trois mois de plus que le jeune Cunego

En trois semaines, Cunego a pris une autre dimension d'autant qu'il a agrémenté son succès de quatre victoires d'étape, toutes probantes.

Au classement final, l'écart de 2 min 02 sec sur l'Ukrainien Serhiy Honchar, un rouleur qui n'avait jamais été à pareille fête dans un grand Tour, aurait pu être plus élevé.

"Cunego est trop fort pour que je puisse penser au maillot rose", a d'ailleurs reconnu Honchar, trop heureux de sa deuxième place acquise devant l'Italien Gilberto Simoni, le grand favori au départ de Gênes qui a fait toutefois bonne figure sur le podium d'arrivée à Milan.

S'il a revêtu pendant quatre jours le maillot rose après sa victoire au sommet de Corno alle Scale (3e étape), Simoni a accumulé ensuite les désillusions. Dépossédé de son bien par Cunego, son jeune coéquipier du groupe Saeco, à l'arrivée à Montevergine (7e étape), il a chuté dans le contre-la-montre de Trieste (13e étape), où l'Ukrainien Yaroslav Popovych a assuré un intérim de deux jours en tête de la course.

Record pour Petacchi

Dans la montagne, Simoni a souffert de la comparaison avec Cunego, attaquant à 59 kilomètres de l'arrivée à Falzes, dans les Dolomites, pour reprendre les commandes du Giro. Le double vainqueur de l'épreuve s'est laissé aller à la colère dans l'étape du Gavia et s'est lancé le lendemain, à la veille de l'arrivée, dans une attaque toujours contrôlée à distance par son cadet, remarquable de sang-froid.

Pour l'aider, le jeune Véronais a disposé de la plus forte équipe de cette 87e édition du Giro avec, dans un autre registre, la formation Fassa Bortolo chargée d'emmener Petacchi dans les conditions idéales pour le sprint.

De fait, avec neuf succès d'étape, le Ligurien a pulvérisé le record de l'époque moderne. Il faut remonter à l'avant-guerre pour trouver performance supérieure dans un même Giro (Alfredo Binda en 1927, Learco Guerra en 1934, Giuseppe Olmo en 1936).

Au coeur de Milan, Petacchi s'est joué dimanche après-midi de ses adversaires. Il a repoussé son compatriote Marco Zanotti à plusieurs longueurs au terme des 154 derniers kilomètres.

Armstrong félicite Cunego

Ce Giro 2004, épargné par les scandales du dopage (hormis un blitz nocturne pour huit coureurs), a engagé une opération de rajeunissement dans son peloton. Pour la première fois, Mario Cipollini (37 ans) est reparti sans le moindre succès de la course qu'il a due quitter après une chute.

Quant aux favoris trentenaires, Gilberto Simoni et Stefano Garzelli, ils ont été éclipsés par l'étoile montante de Cunego, le plus représentatif de la jeune génération. Mais Popovych (troisième l'an passé), l'Italien Emanuele Sella et Philippe Gilbert ont affiché de belles dispositions dans une course moins âpre que le Tour de France, avec des débuts d'étape souvent modérés.

L'Américain Lance Armstrong, venu grimper vendredi le Mortirolo avec des cyclo-touristes 24 heures avant le passage du Giro, a regardé à distance la course rose.

Diplomatiquement, le quintuple vainqueur de la Grande Boucle a félicité Cunego ("Il peut faire de belles choses") sans être vraiment concerné. Cunego, encore trop tendre et pour l'instant trop juste dans les contre-la-montre, ne prévoit pas d'aller au Tour avant deux ans.