J’ai rencontré Daniel Pergericht fin des années septante. Nous nous étions certainement croisés bien avant cela, seulement nous ne jouions pas dans la même catégorie, ni dans le même cercle. Enfin, début 1978 le club d’Anderlecht avait organisé un petit tournoi à la mémoire de son trésorier prématurément disparu, Armand Luyten. J’étais à ce moment le champion de Belgique des cadets, alors que Daniel s’apprêtait à disputer son premier championnat chez les adultes. Notre duel s’était achevé sur un partage J’y avais commis une lourde faute à l’entrée du milieu de jeu, mais un sacrifice imprudent avait ensuite inversé les rôles Ce qui n’importait d’ailleurs pas beaucoup, puisque j’étais bien trop content et pressé de forcer l’échec perpétuel !

Le local du cercle d’Anderlecht se trouvait à ce moment de l’autre côté de la ville, au carrefour "Ma campagne", dans une taverne où l’on pouvait surtout entendre les plus belles chansons de Marc Aryan.

Un autre jour nous avions bataillé en blitz. "Je gagne parce que ma technique est supérieure" répétait-il après chaque victoire. C’était certainement vrai, mais pas seulement puisqu’il avait aussi plus d’expérience. Ses commentaires étaient toujours de bon conseil et appelaient à la revanche. Il y eut donc des centaines, sinon des milliers de blitz !

Daniel avait appris les échecs de son père, mais ne s’était réellement intéressé au jeu qu’après une colonie de vacances à Middelkerke. Il avait assisté là au stage d’André Reinitz en compagnie de son ami Willy Iclicki, futur trésorier de la fédération internationale (!) mais aussi de Jacky Van Leeuwen et Jean-Michel Raindorf. C’était en 1971, au beau milieu du cycle qui allait couronner Bobby Fischer. Peu de temps après, toujours sur les conseils d’André, il s’était inscrit au Cercle Royal de Bruxelles, alors à la porte de Namur, puis l’année suivante au Cercle d’Anderlecht, au "Falstaff", face à la Bourse. Entretemps, il disputait les tournois des "teenagers-échecs", organisés tous les samedis aux Fous du Roy sous la direction d’Hubert Hernalsteen. Presque tous les jeunes de la capitale y figuraient dont Yves Duhayon, Marcel Herzfeld, Robert Derache, Denis Luminet, Michel Jadoul, Jean-François Jourdain et beaucoup d’autres encore.

En 1974, il partit rejoindre "Le Mat" une cercle qui fit énormément pour toute une génération de jeunes espoirs : Simultanées données par Vlastimil Hort ou Marc Taïmanov, tournois de week-end, opens internationaux, tournois d’été ou d’hiver, et j’en passe Il faut dire que "Le Mat" était l’un des rares cercles à disposer de son propre local, ce qui facilitait évidemment la mise sur pieds d’une épreuve et de son calendrier.

Enfin Daniel trouvait là structure qui ne pouvait que l’aider à progresser. En 1979, il avait raté de peu la montre en or, échouant à la seconde place du championnat de Belgique, juste un demi-point derrière le Gantois Deleyn. Tout cela ne suffisait pourtant pas Après le décès du Grand Maître O’Kelly, en octobre 1980, la Belgique ne comptait plus qu’un seul titré : le Maître International Jef Boey, du Cercle d’Anvers. Il fallait donc disputer les opens à l’étranger Italie, France, Yougoslavie, Espagne : l’Europe fut traversée de paert en part. Durant l’hiver 81/82, lors d’un open à Hastings, je fus joint à l’expédition en compagnie de Marc Geenen et de Philippe Kerkhof. Nous étions jeunes et naturellement sans un rond en poche. Nous avions juste de quoi payer une chambre pour quatre personnes. Elle contenait un évier, deux lits simples et encore un double Et c’est ainsi que Daniel et moi avons partagé les mêmes draps pendant neuf jours A la guerre comme à la guerre !

Après son résultat au championnat 1979, Daniel fut invité l’année suivante à représenter nos couleurs au tournoi de la communauté européenne à Berlin-Ouest. Ce n’était qu’une première car il joua aussi un championnat d’Europe des Nations (Haïfa 1989) et deux Olympiades (Novi Sad 1990 et Manille 1992). En 1985, le tournoi OHRA, premier du genre, avait réuni plusieurs célébrités, dont Korchnoi et Spassky. Daniel y avait été le seul Belge à remporter une victoire sur un Grand Maître : Yehuda Grünfeld (voir ci-dessous).

Il n’a malheureusement pas réussi à décrocher le titre de Maître International Il ne lui manquait qu’une norme, une seule. Cette année, il avait encore battu Geert Vanderstricht et annulé face au GM Schebler

Blancs : Pergericht

Noirs : Gruenfeld

Bruxelles, décembre 1985

1.d4 c5 2.d5 Cf6 3.c4 e6 4.Cc3 exd5 5.cxd5 d6 6.e4 g6 7.f4 Fg7 8.Fb5+ Cfd7 9.a4 0-0 10.Cf3 Ca6 11.0-0 Cc7 12.Fc4 Cb6 13.Fa2 Fg4 14.h3 Fxf3 15.Dxf3 Ca6 16.a5 Cd7 17.Fc4 Cb4 18.Cb5 Df6 19.Db3 a6 20.Cc7 Tac8 21.Ce6 Tfe8 22.f5 fxe6 23.fxe6 Dd8 24.Fg5 Dxg5 25.exd7 Tcd8 26.dxe8D+ Txe8 27.Tae1 Dd8 28.Fe2 h5 29.Dg3 Rh7 30.Tf7 Te5 31.Tef1 Cxd5 32.exd5 Txe2 33.Txb7 Txb2 34.Txg7+ et les Noirs abandonnèrent.

Luc Winants

Grand Maître International