Neuf heures, au Radisson hôtel dans le centre de Bruxelles. C'est ici que bat le pouls du Mémorial, et nulle part ailleurs. Depuis quelques jours, le palace vit au rythme du Van Damme, dont il est devenu le quartier général.

Vous avez toujours rêvé de savoir ce que les stars de la piste prennent au petit-déjeuner? La plupart mangent des fruits et boivent de l'eau, beaucoup d'eau. C'est au compte-goutte que les athlètes se lèvent à présent, direction la salle à manger qui leur est réservée, au 2e étage. Les spikes ont laissé la place aux pantoufles mais les t-shirts bardés «USA Track and Field Team» demeurent. La puissance américaine inspire encore le respect. Peu à peu le calme se dissipe et le palace se change en fourmilière: Marion Jones, la reine du sprint, va donner une conférence de presse. Son manager sur les talons, elle est de bonne humeur, et accepte même de poser avec des enfants; un chouette souvenir pour les gosses. Walther Kippers est le media officer, il s'occupe des 350 journalistes accrédités pour l'événement, «un véritable cirque», glisse-t-il, «une affaire de fous». La gestion du centre de presse impose de garder son calme. Et Walther s'y emploie, déambulant dans les longs couloirs, répondant aux sollicitations incessantes et aux «mille questions qu'on me pose en même temps».

Avec un budget d'une centaine de millions, 5 permanents toute l'année, 120 collaborateurs à l'approche du 24 août, et plus de 500 personnes employées ce vendredi, le Mémorial est une grosse machine. Une énorme machine. Et qui est l'affaire de toute une année: en hiver c'est la chasse aux sponsors, au printemps, c'est la partie marketing, et quand vient l'été, il s'agit d'écumer les meetings pour constituer le plateau d'athlètes. On est bien loin d'un travail saisonnier.

DANS LE TIPI DU GRAND MANITOU

Ascenseur. C'est au 7e

étage que le grand manitou a dressé son tipi. Wilfried Meert, organisateur du Van Damme depuis ses débuts en 1977, est dans un bureau de fortune. Il se démène comme un beau diable secondé par sa femme et une kyrielle de collaborateurs, tous occupés à régler les ultimes détails pour le grand soir. Ici, bat le coeur du Mémorial. Et il bat vite, très vite.

Au bureau du patron, quatre personnes simultanément, toutes avec des requêtes différentes. Athlètes, techniciens, journalistes, invités, chacun a besoin de Wilfried Meert et il répond à tous. Le téléphone retentit. Un manager veut faire courir son poulain, il se fait trop pressant, en réponse Wilfried durcit le ton; «non, non, et non, il n'y a plus de place et je ne me ferai pas dicter quoi que ce soit par qui que ce soi». C'est que la planète athlétisme tout entière aimerait s'inviter au Van Damme.

Mais il s'agit aussi de gérer les désistements de dernière minute. Et de prendre garde aux retards, d'où un système de navettes triangulaire entre l'aéroport, l'hôtel et le stade où s'entraînent les athlètes. «Si on encaisse un forfait et qu'on doit remplacer un couloir, alors j'appelle les managers: tu n'as plus personne pour moi qui peut faire un 100 mètres?»

LA DIFFICILE QUESTION DES VIP

On s'imagine rarement le travail que demande une organisation de cette ampleur, il s'agit d'éliminer tous les facteurs de risque. On craint les incidents, qu'ils soient techniques, avec la hantise de la panne des chronomètres, ou humains. «Il y a pas mal de nos invités qui ne se supportent pas, et nous sommes obligés de le savoir, de nous renseigner pour les placer à des endroits diamétralement opposés dans les tribunes.»

Et puis il y a la question des VIP, doit-on les inviter au dîner ou uniquement à la réception? Un art à part entière; éviter de heurter les sensibilités pour que l'image de convivialité charriée par le Mémorial reste intacte. «C'est nous qui tranchons donc c'est chez nous que l'on se plaint», ponctue Wilfried Meert. «Mais ma plus belle récompense, c'est que les gens s'amusent et passent une super soirée», termine-t-il. C'est sans doute pour cela que le patron avoue passer des journées de seize heures et plus au «travail» ces derniers temps. Quand on aime, on ne compte que rarement. Et samedi quand l'animation sera retombée et que la piste sera déserte? «Je ferai un dernier debriefing avec les hommes clés et puis je dormirai. Dormir, dormir, dormir.» Le repos du guerrier.

© La Libre Belgique 2001