Eviter de prendre la responsabilité de bannir des JO toute une équipe nationale. Voilà en quelque sorte la conclusion de la décision tant critiquée prise par le Comité olympique international, et son président Tomas Bach, de confier le triage des athlètes russes aux fédérations respectives. Malgré cette décision, les sportifs russes ne sont pas encore sortis de l’auberge dans la mesure où leur sort est toujours incertain.

Après le scandale de dopage qui a éclaté après les Jeux olympiques d’hiver à Sotchi, on parle déjà d’interdire la participation des sportifs russes aux prochains Jeux d’hiver. Face à ce cataclysme, la réaction des autorités russes semble assez raisonnable mais désespérément tardive. Dès le début de la "campagne antidopage", les responsables sportifs russes attribuaient ce phénomène à "l’entourage hostile" tout en niant les faits qui leur étaient reprochés. Sous le poids des preuves irréfutables, ils ont fait marche arrière tout en continuant à insister sur des détails secondaires qui ne changent pas grand-chose au tableau général.

De la mauvaise foi russe

L’impression générale est que ce comportement est appelé non pas à établir la vérité mais bien à cacher ou à justifier l’incompétence des intéressés. Les responsables sportifs se plaignent par exemple du fait que l’IAAF a posé trop tardivement (le 17 juin) la condition demandant que les sportifs russes voulant participer aux JO de Rio s’entraînent et passent les tests antidopage en dehors de la Russie. Pourtant, dès novembre dernier, les contrôles en Russie ont été officiellement et entièrement confiés à l’agence antidopage britannique, alors que la partie russe faisait tout pour saboter cette collaboration. C’est donc en désespoir de cause que l’IAAF a posé son ultimatum du 17 juin.

Il ne s’agit cependant pas de l’unique exemple de la mauvaise foi de la partie russe. Celle-ci a d’abord accepté que le verdict de l’arbitrage sportif de Lausanne soit définitif. Mais dès que la partie russe a perdu le procès, elle n’a pas hésité à porter plainte devant la Cour suprême de la Suisse.

Des efforts surhumains sont maintenant entrepris pour réparer les pots cassés. Vladimir Poutine a pris la décision de former une commission indépendante chargée de lutter contre le dopage en Russie avec la participation des spécialistes étrangers. Cette commission sera dirigée par Vitali Smirnov, 81 ans, président honorifique du Comité olympique russe. Le fait que le Kremlin ait préféré mettre à la tête de la commission antidopage un ancien fonctionnaire de l’époque soviétique en dit long sur ces intentions. De facto c’est un désaveu total des fonctionnaires actuels dont le dilettantisme est désespérant. Mais aussi et surtout la tacite manifestation du désir de Vladimir Poutine de ne plus se mettre dans une situation humiliante lorsque l’on découvre les dessous crasseux après un triomphe olympique.

Le ministre des Sports sur la sellette

La réputation du sport russe est anéantie et il faudra un bon nombre d’années avant qu’elle ne redevienne normale. Reste à savoir combien de temps l’actuel ministre des Sports Vitali Moutko restera à son poste. Sa personnalité est désavouée par la communauté sportive internationale. Même si l’on sait que le président russe ne cède jamais devant qui que ce soit…