ENVOYÉ SPÉCIAL À LEON

Alors que dans les grandes artères regorgeant d'hôtels et d'enseignes lumineuses, Leon fait le paon à l'occasion de la 3e manche du Mondial des rallyes, dans les ruelles perpendiculaires où les marchands de chaussures poussent comme des cactus, la population locale, se déplaçant dans des vieilles voitures rouillées, poursuit sa vie normale. En quelques dizaines de mètres, le contraste entre la modernité de cette cité universitaire et la relative pauvreté des Mexicains est frappant. Mais pas du tout dérangeant, les vendeurs, bien habillés et visiblement heureux, n'accostant pas les touristes pour leur soutirer quelques pesos.

Contrairement à sa copine Elodie, suivant la plupart des rallyes mondiaux en compagnie de Séverine, la femme de son équipier Loeb, François Duval, déjà arrivé en retard au pays des Mayas, n'a pas encore eu le temps de s'acheter de nouvelles baskets. Ce qui ne l'empêchait pas d'être bien dans ses pompes et de nous confier, sans détour, ses impressions: «C'est vrai que je garde un excellent souvenir de ce rallye, raconte notre jeune compatriote. J'aime ce parcours varié, tantôt lent et étroit, tantôt rapide et large sur de la bonne terre, surtout le premier jour.»

Mais la brillante 2e place acquise ici voici douze mois au volant de la Ford ne signifie pas pour autant que le Belge jouera la gagne ce week-end. «Ce premier accessit ne fut pas décroché à la régulière. Il y avait eu l'abandon de Loeb, la pénalité de Solberg et le flanc de Sainz», tempère-t-il. Mais surtout, compte tenu d'un début de saison fort contrarié, le contexte général n'est pas favorable à un exploit de notre compatriote. «Je ne peux pas gagner ici. Pas que je ne m'en sente pas capable mais vu les circonstances du début de saison, je ne vais pas pouvoir attaquer l'esprit libéré. Guy Fréquelin va me demander d'être à l'arrivée. Je vais donc devoir rouler pour l'équipe. Il faudra sans doute attendre que l'on refasse surface au championnat avant que je puisse jouer ma carte personnelle.»

«Dur d'assurer à 24 ans»

Pas trop frustrant comme situation pour un jeune loup aux dents longues affamé de victoire? François n'ose pas répondre. «C'est sûr que c'est dur d'assurer à 24 ans, avoue-t-il. D'autant que j'éprouve quelques difficultés à trouver le bon compromis entre la grosse attaque et le fait d'être arrêté. Voilà pourquoi j'ai du mal à gérer. Je ne suis pas habitué à devoir rouler sur la défensive.»

S'il ne s'élancera donc pas le couteau entre les dents, toute sortie lui étant formellement interdite, Duval ne traînera toutefois pas en chemin. Comme en Suède, il tentera de partir sur un bon rythme: «Ma tactique est toujours identique. J'attaque un peu au début pour me situer. Si je ne suis pas dans le coup après 3 spéciales, je ne le serai jamais. Je vois de suite si je suis largué.»

Mais même s'il fait attention à ce qu'il dit, ce n'est clairement pas son intention: «On ne va pas remonter au championnat avec des 6es places. Il nous faut des gros points. Un podium, ce serait bien. Mais c'est la première course de l'année sur terre et mes débuts sur cette surface avec la Xsara. Laissez-moi donc d'abord me jauger par rapport à la concurrence.»

Un podium, voilà clairement ce qu'il faudrait à François pour oublier un début de saison noir comme son café et lui enlever une pression qui doit doucement commencer à lui peser. «Je ne vais pas vous dire que cela ne me tracasse pas. Je veux y arriver. Maintenant, il faut que cela marche.»

© Les Sports 2005