HUY Sous un tonnerre d'applaudissements, la Peugeot 206 WRC N 01 a gravi le podium situé sous un chapiteau plein à craquer. Pour accueillir les grands vainqueurs, il y avait là Anne-Marie Lizin, la bourgmestre de Huy, et Didier Reynders, notre ministre des Finances. Sous une pluie... de confettis, au milieu de feux de Bengale, Bruno Thiry et Stéphane Prévot sortirent de leur monture pour saluer un public tout acquis à leur cause. Interviewé par le speaker officiel, le pilote liégeois évoqua d'abord ce 4e succès hutois trop prévisible, trop facile mais néanmoins mérité. Durant deux jours et 22 spéciales (dont 19 scratches), Moustic, trop vite débarrassé de son principal adversaire -Tsjoen est sorti dès la 1re spéciale en prenant trop de risques pour essayer de déjouer les pronostics-, a tourné autour d'une concurrence définitivement trop faible, équipée d'armes d'une autre guerre. `C'était le scénario attendu´, se désolait presque le gentil Bruno qui, à son grand honneur, assura plus le show que sa position de leader. `Hormis une crevaison nous obligeant à parcourir sept kilomètres sur la jante samedi soir dans Marneffe et nous coûtant une grosse minute, nous n'avons pas rencontré l'ombre d'un pépin. Notre principal adversaire finalement fut le terrain. Je ne me souviens pas d'avoir disputé un Condroz aussi glissant. J'ai donc dû rester concentré jusqu'au bout. Après les avoir battus lors des deux dernières éditions, je tenais absolument à offrir à Peugeot leur premier succès ici.´

Puis Thiry prit un ton plus grave et le micro pour s'avancer vers le public. Derrière lui, sur un écran géant, apparut sur fond de Raidillon une photo de feu John Goossens. `Vous savez qu'il s'est passé quelque chose de grave il y a deux jours. Je voudrais dédier cette victoire à John Goossens. Compte tenu des circonstances malheureuses, nous avons décidé, en commun accord avec notre team, de ne pas sabler le champagne. Et nous vous demandons quinze secondes de silence en hommage à notre président.´

Quinze secondes qui en durèrent trente. D'un coup, la rumeur populaire se tut. Même les piliers de bar marquèrent leur respect. On entendit juste quelqu'un crier: `Sauvons Francorchamps.´ Un moment de grande émotion et de recueillement partagé par des milliers de fans applaudissant ensuite chaleureusement le `Merci à tous´ libérateur de notre ambassadeur mondial.

Un Thiry qui n'eut qu'à apparaître pour s'imposer en surclassement face à des adversaires dont les rangs furent vite décimés. Après Tsjoen, un peu trop optimiste sur un freinage super glisse, on dut rayer aussi de nos listes le premier jour les noms des candidats au podium Munster (Subaru - moteur) et Theunissen (Toyota - turbo). Avant de perdre encore Sterckx (Skoda - boîte) dimanche matin. Patrick Snijers (Subaru) ayant été très vite retardé par une crevaison, l'avance du leader était si confortable qu'elle lui fit passer une... mauvaise nuit!

Prévot termine au volant

`J'étais tracassé tellement je réfléchissais à ce que je pourrais réserver comme surprise pour l'arrivée. A un moment donné, j'ai demandé à Stéphane Prévot s'il voulait disputer la dernière spéciale à ma place. Il m'a répondu que j'étais fou. Puis, on a décidé qu'il roulerait les 500 derniers mètres au volant sans prévenir personne. Sur la liaison, il s'est entraîné à démarrer.´

Imaginez la tête des spectateurs voyant la 206 s'immobiliser en vue du but et croyant à un nouveau coup de déveine du malchanceux Thiry. Et celle des amis, supporters et journalistes attendant au dernier Flying Finish et se rendant compte que l'équipage avait changé... de baquets. `Un bon gag´, se marrait Prévot en tirant sur sa cigarette et en nous assurant qu'il ne songeait pas à sa reconversion.

© Les Sports 2002