ÉCLAIRAGE

Entamée par un stupide crash au Monte-Carlo, la saison 2005 de François Duval s'est donc terminée de la meilleure manière qui soit: par une victoire, la première d'un pilote belge à ce niveau. 14 rallyes, 47 points, quatre accidents mais aussi trois deuxièmes places (dont deux derrière son équipier) et un succès, le bilan global n'est donc pas aussi négatif.

Il est même très positif si on ne tient compte que de la deuxième moitié de la saison disputée aux côtés de son nouvel équipier Sven Smeets: en 8 rallyes, «Dudu» a ramené 42 unités, soit 20 de moins que le double champion du monde Sébastien Loeb mais 8 de plus que Grönholm et 13 que Solberg. Qui plus est, François s'est imposé là où on ne l'attendait pas. Sur l'un des rallyes sur terre les plus délicats de la saison. Même s'il n'a pas battu les trois grands, ce final en apothéose (n'oublions pas sa deuxième place en Catalogne) devrait aider notre meilleur rallyman à trouver un volant pour 2006. Mais les places sont chères. Au propre comme au figuré. Entre 2,5 et 3 millionsd'euros pour la saison complète sur une troisième Xsara Kronos, somme que Citroën Sport (qui va payer le salaire de Loeb) ne semble pas prêt à débourser, même si conserver son titre Constructeurs avec un team privé doit titiller Guy Fréquelin. Or le «Grizzly» connaît les limites de Pons ou de Stohl. Et sait que reconstituer la paire Loeb-Duval est quasi sa seule chance de contrer Ford, Grönholm et leur nouvelle Focus. À ce propos, malgré tout le respect et la reconnaissance qu'il doit avoir pour les dirigeants de la marque aux chevrons pour lui avoir pardonné ses fautes et redonné une chance après qu'il eut joué avec le feu, on peut se demander pourquoi «Obélix» a refusé le contrat de pilote Ford (avec une nouvelle Focus 2006 visiblement bien née) que Malcolm Wilson lui a proposé voici quelques semaines au Japon. Apparemment, parce qu'il ne gagnerait pas un euro, Guy Fréquelin lui chuchota, alors, de ne pas se tracasser, de ne pas signer trop vite. Mais surtout parce que cette option faite quelques jours avant la signature de Grönholm était résiliable par le seul Wilson qui souhaitait donc sans doute bloquer Duval pour assurer ses arrières.

La meilleure paire au monde

On peut donc comprendre la réaction de François. Toujours est-il qu'après la Corse, l'offre d'un Wilson vexé n'était plus valable. Mais le deuxième baquet Ford est toujours libre. Le Gallois a déclaré la semaine dernière qu'il ferait son choix après l'Australie entre Martin (mais reviendra-t-il à son meilleur niveau après le choc subi?) et Hirvonen. S'il pense aux intérêts de la marque qu'il représente, veut gagner sur le goudron, il existe encore une infime chance pour que Wilson réengage un Duval dont il connaît tous les défauts mais aussi les énormes qualités. Et cette fois, gageons que François n'hésitera plus... Car outre l'aspect financier, il paraît de plus en plus clair que s'il veut battre Loeb à la régulière, il ferait mieux de quitter le giron Citroën où le Français est considéré comme «Schumi» chez Ferrari. Qu'il vaut mieux devenir l'équipier de Grönholm, un Finlandais plus proche de la retraite. Au volant de la nouvelle Ford d'usine, «Dudu» aurait de réelles chances de battre la vieille Xsara privée de Loeb sur l'asphalte en 2006. Chez Ford, il pourrait devenir le «king» en 2007 ou en 2008. Mais chez Citroën, la nouvelle C 4 sera à nouveau faite pour et par l'enfant chéri Loeb, qui est encore là pour, au moins, 5 saisons. Même s'il trouve les moyens d'aligner une Xsara privée la saison prochaine, rien ne dit qu'il disposera encore du même matériel que son équipier.

Guy Fréquelin sait bien pourquoi il voudrait garder Duval. Parce qu'il représente l'avenir. Parce qu'avec lui aux côtés de Loeb, il dispose sans doute de la meilleure paire. Mais dans leurs récents discours, on a l'impression que les patrons de Citroën veulent formater Duval comme le deuxième pilote idéal assurant les points, là pour gagner seulement quand Loeb abandonne comme ce week-end. Or, à 25 ans, notre représentant n'a pas le profil d'un Barrichello ni d'un Sainz en fin de carrière. Sans doute avait-il rêvé d'autre chose en refusant un contrat Ford de quatre ans fin 2004...

© Les Sports 2005