ENVOYÉ SPÉCIAL EN ALLEMAGNE ERIC DE FALLEUR

SANKT WENDEL Sven Nys n'est plus maudit! «Je voulais devenir au moins une fois champion du monde; c'était mon rêve. Voilà, c'est fait! C'est incroyable... Je me sens complètement épuisé maintenant...»

Bouleversé par l'émotion, Sven Nys a savouré les moments qui ont suivi son sacre. Un bonheur qui s'était jusqu'alors refusé à lui, depuis qu'il était passé professionnel, voici sept ans, deux titres mondiaux espoirs dans la musette. Entre l'étreinte de son épouse Isabelle, laquelle avait revêtu bien avant lui le maillot arc-en-ciel pour poser dans un magazine people flamand, et les accolades de ses proches, le Brabançon a pris son temps, fixant chaque image dans son esprit.

«C'est une question stupide», répondit-il à un confrère qui lui demandait s'il était heureux d'avoir réussi dans une entreprise que tout le monde lui promettait. «Bien sûr que je suis heureux. Cette victoire ne rend pas grande ma saison, elle rend grande ma carrière...»

Quand son fils Thibau, bientôt trois ans, le rejoignit sur le podium où Sven venait de recevoir un maillot arc-en-ciel bien trop large qu'on aurait dit destiné à un rugbyman, le Belge laissa éclater sa joie. Dans les bras de son champion du monde de père, Thibau dressait les bras au ciel, entouré par Erwin Vervecken et Sven Vanthourenhout. Nos deux autres compatriotes, qui complètent un podium cent pour cent belge pour la quatrième fois consécutive, avaient été les derniers à inquiéter l'incontestable roi des labourés. Les seuls à repousser une envolée attendue et annoncée. Par trois fois en début de course, Nys avait secoué en vain le cocotier.

«Ce fut une erreur, due à ma nervosité, avouera-t-il. Je me sentais le plus fort mais je voyais qu'il restait beaucoup de monde (NdlR: une vingtaine d'hommes en moins de trente secondes aux deux tiers de l'épreuve). Je n'aurais dû attaquer qu'une seule fois mais la bonne et non multiplier les accélérations.»

Pourtant, cette fois, le coureur de Baal put rester fort. Jamais il ne s'affola même quand il fut victime d'une crevaison, survenue au troisième des dix tours d'une course très rapide en raison de la nature verglacée du sol recouvert de neige. Il changea si vite de vélo que cet incident passa quasi inaperçu. Ce fut la seule fois de toute la course où le n°1 mondial se retrouva, un bref instant à peine, au-delà de la 3e ou de 4e place. Mais malgré sa technique hors pair, le Belge restait sous la menace d'une faute. Surtout en cas d'arrivée au sprint, le succès était promis à Vervecken et à Vanthourenhout, bien plus rapides que lui.

«Alors, j'ai attaqué avant le faux plat où j'avais tenté ma chance auparavant. J'ai pris vingt mètres, puis j'ai géré. C'était suffisant...»

© La Libre Belgique 2005