Les jours se suivent et se ressemblent dans une dernière ligne droite vers les Jeux de Pékin qui s'apparente de plus en plus à une navigation entre Charybde et Scylla. Le naufrage des JO eux-mêmes n'est sans doute pas à redouter puisque leur boycott n'est nullement envisagé, mais une menace plane néanmoins sur ce moment phare que représente la cérémonie d'ouverture (que pourraient bouder quelques grands de ce monde) et, plus encore, sur le bon déroulement de la quinzaine olympique (qui sera, selon toute vraisemblance, émaillée de manifestations de protestation).

Quoi qu'il arrive, c'est l'image de marque du pays hôte qui est d'ores et déjà écornée. A quatre mois des Jeux, on ne parle plus que des droits de l'homme en Chine et de la situation au Tibet (dont, il y a peu, on se moquait... royalement en Belgique et plus modestement ailleurs). Jamais parcours de la flamme olympique n'a été aussi chahuté, policiers et agents de sécurité s'employant à courir plus vite que les athlètes pour conjurer le danger présenté par une foule vociférant, l'extincteur à la main. Le président du CIO a dû, de façon tout à fait exceptionnelle, sortir de sa réserve pour appeler au calme, donnant ainsi la mesure de cette crise sans précédent.

Car la Chine a beau imputer ses malheurs, à tort ou à raison, à une minorité d'agitateurs, tibétains et autres, tout en incriminant l'effet démultiplicateur joué par les médias étrangers, elle est bien forcée de reconnaître que la contestation prend pour elle des proportions inquiétantes. Et ce n'est certainement pas en fermant le Tibet aux journalistes ou en condamnant un dissident à la prison - au moment précis où les critiques pleuvent - qu'elle peut espérer convaincre ses détracteurs et encore moins les faire taire.

On a bien sûr du mal à imaginer une grande puissance céder aux pressions de quelques milliers d'activistes ou aux instances de personnalités politiques étrangères. On veut pourtant la croire sensible à l'opinion publique internationale ou, tout simplement, à l'appel de la raison. Sans poser rapidement des gestes concrets, voire spectaculaires, en effet, la Chine prend l'énorme risque de perdre le contrôle de ces Jeux sur lesquels elle a misé tout son prestige et dans lesquels elle a investi, non seulement des milliards, mais aussi l'enthousiasme de sa population. Un risque d'autant plus sérieux que beaucoup d'athlètes semblent eux aussi déterminés à marquer le coup.