ENVOYÉ SPÉCIAL AU MAROC
PHILIPPE JANSSENS

Les cheveux mi-longs rejetés en arrière, le teint hâlé, les yeux azurés et le regard toujours aux aguets, ce coco a le look. Mi- aventurier, mi- G.O., il n'a pourtant rien du fils de bonne famille venu s'encanailler dans l'épreuve africaine la plus médiatisée. L'Afrique, Jonas Becker a appris à la vivre depuis ses 18 ans, depuis le jour où il choisit de se perdre à moto au coeur du Sahara.

«Depuis, je l'ai déjà traversée une quarantaine de fois», souligne ce Louvaniste de souche, s'exprimant parfaitement dans les deux langues. «Au Niger, je suis littéralement tombé amoureux du désert et de l'Afrique. J'y ai rencontré des personnages fascinants. Ils y faisaient du commerce de camions. Après mon retour, j'ai fait de la peinture chez Volkswagen et travaillé dans des boîtes de nuit à Bruxelles pour pouvoir m'acheter mes deux premiers camions que je suis allé vendre, deux ans plus tard, au Tchad. Depuis, je n'ai plus jamais arrêté et j'ai fini par m'installer là-bas...»

Domicilié en Côte d'Ivoire depuis quinze ans, il quitta Abidjan voici deux ans pour s'installer à Madagascar où il s'occupe de la vente de camions mais aussi d'engins de génie civil.

«La situation politique et commerciale devenait limite en Côte d'Ivoire, et puis il y avait des besoins énormes du côté de Madagascar, alors j'ai choisi de déménager», explique notre bellâtre qui frôle déjà les 40 ans. «J'ai toujours adoré la moto et j'ai fait pas mal de compétitions. Aujour- d'hui, je passe à peu près 5 mois par an en Europe et à chaque fois j'essaie de combiner cela avec des participations à des enduros comme la Grappe de Cyrano...»

La rate éclatée en Egypte

Quant à ses grands débuts dans les rallyes africains, ce fut en 2002, en Tunisie, puis au Rallye des Pharaons.

«J'étais pas mal en Tunisie, autour de la 12e place, lorsque mon moteur a lâché à deux jours de l'arrivé. En Egypte, ce fut plus grave, je suis tombé et je me suis éclaté la rate. J'ai eu de la chance car cela m'a évité une chute plus grave. Là aussi, j'étais à la onzième place, juste derrière les meilleurs pilotes KTM...»

Sans cette mésaventure, il aurait sans doute déjà été au départ du Dakar 2003. Un rendez-vous qu'il ne voulait pas manquer.

«Aujourd'hui, c'est chose faite, même si c'est assez coûteux, concède-t-il. Mais en réduisant les coûts, j'y suis tout de même parvenu.»

Et avec, jusque-là, les félicitations du jury, puisque depuis Stéphane Henrard (1997), un motard belge n'avait jamais pris un si bel envol sur cette grande transsaharienne.

«Il faut que je m'habitue au poids de ma KTM LC 4, surtout durant les premiers jours de course. J'ai eu un peu de mal en Espagne, dans le sable et les ornières. Ici, sur le sol africain, j'arrive en terrain connu, et donc tout ira mieux. Il faut aussi que j'apprenne à ne pas me laisser emporter par mon tempérament fougueux...»

Son fils et sa bataille

Caressant avec tendresse le réservoir central de sa moto, Jonas nous montre une photo qu'il y a collée.

«C'est mon fils Mehdi, explique-t-il. Il vit en Belgique avec sa maman, mais je m'arrange pour le voir le plus souvent possible. Il a cinq ans, et c'est à peu près le seul à pouvoir me calmer lorsque je suis sur une moto. C'est pourquoi je l'ai collé juste sous mon road book. Car je sais que si je veux arriver indemne à Dakar, je ne devrai pas viser mieux qu'une trentième place...»

La méthode fait ses preuves. Encore 23e au général après l'ultime spéciale européenne samedi avant l'embarquement pour l'Afrique, Jonas Beckers pointait, hier soir, à la 34e place au classement général, à l'issue de la première étape marocaine du rallye.

© La Libre Belgique 2004