On a parfois la nette impression que Londres 2012 pourrait être un point de bascule pour l’olympisme belge. A quoi tient l’engouement qu’on ne peut s’empêcher de constater ?

Il y a évidemment un facteur "proximité" qu’il serait idiot de négliger. On jouera quasiment à domicile. Avec une heure de décalage horaire et une ville de Londres située à un saut de puce de la Belgique sur l’échelle du monde, on retrouvera une familiarité qu’on n’avait plus connue depuis 1918. Mais c’est clair qu’à côté de cela, certaines performances, comme celles de nos équipes de hockey, sont en train de lever un véritable engouement. On avait touché le fond à Pékin (en terminant à la 57e place dans le classement des nations), on est en train de remonter. Si l’on arrive à six médailles, on aura retrouvé un score que nous n’avions plus atteint depuis les Jeux d’Atlanta.

Les esprits chagrins se sont souvent amusés à comparer le nombre de médailles belges au chiffre atteint par les Pays-Bas. De quoi vous inspirer ou vous rebuter ?

Le constat est clair : on a une énorme difficulté à transformer nos dix millions d’habitants en médailles. Reste à résoudre la question du "pourquoi". C’est clair qu’il nous manque cette culture du sport qui traîne aux Pays-Bas depuis la maternelle et les cours de récré. Mais lorsque vous regardez la Suisse, la Norvège ou l’Australie, qui s’en sortent nettement mieux que nous sans avoir cette même particularité sportive que nos voisins hollandais, on est forcé de se remettre en question. Au-delà de cette culture du sport, il restait chez nous un cruel manque de moyens financiers. Des moyens qu’il fallait placer dans les infrastructures comme dans le coaching. On est en train de faire bouger les choses comme en témoigne le cas du hockey.

Lorsque l’on parle de moyens financiers, on tombe les pieds joints dans des questions politiques. Et notamment dans les querelles communautaires dont vous avez aussi souffert par le passé.

Le problème de notre système politique est que l’on s’accommode facilement des avantages en faisant semblant de repousser les inconvénients. A partir du moment où le sport est communautarisé, où les fédérations sportives sont coupées, ce sont elles qui doivent financer le sport. Et là, tout le monde préfère se détourner. Je comprends que par vent d’austérité, il ne soit pas facile pour les politiques d’investir dans les matières sportives, mais il ne faut pas tomber dans d’autres excès.

Tant qu’à parler d’argent, comment se porte le budget du COIB ? Vous devrez emmener à Londres une délégation composée d’une bonne centaine d’athlètes. Votre porte-monnaie risque d’être drôlement secoué.

Pour les Jeux de Londres, on a tablé sur un budget de 3,5 millions d’euros. En incluant les Jeux paralympiques, dont le coût n’est pas à négliger puisque tout athlète engagé emmène un accompagnant à ses côtés. Je précise au passage que toute la préparation prévue pour les équipes olympiques n’a pas été budgétée. Mais on devrait parvenir à s’en tirer.

Avec l’aide financière d’un sponsoring que la crise a peut-être plombé ?

Non, pas du tout. Je dirais qu’au début de la crise, on a senti le coup passer mais que tout le monde s’est rapidement relevé. Je crois que les bons résultats ont aussi ramené les sponsors qui hésitaient à se lancer ou à continuer. Le vrai problème vient, je le répète, des Communautés. Quand je vois la difficulté que nous avons à réceptionner leurs aides financières, c’est tout simplement inadmissible. C’est quelque chose que je n’accepte pas et que je ne comprends pas. Chaque fois que c’est nécessaire, les Communautés ne se privent pas de rappeler que la compétence du sport leur appartient, mais lorsqu’il s’agit d’épauler financièrement le COIB, elles se contentent de 5 % de notre budget. On court derrière leur argent alors que la plupart des comités olympiques dans les pays étrangers n’ont même pas à se soucier de ça puisque l’Etat fournit 100 % de leur budget.