La Belgique quitte les Jeux olympiques de Pékin avec une médaille d'or, une médaille d'argent et dix places dans le "top 8".

La deuxième place du relais féminin du 4x100 mètres et la victoire magnifique de Tia Hellebaut en saut en hauteur ont beau constituer des exploits retentissants, le bilan final, s'il n'est pas nul, doit faire réfléchir les responsables du sport d'élite, à quelque place qu'ils se trouvent.

Les Pays-Bas, un exemple

Le président du comité olympique international, le Belge Jacques Rogge, avait raison de comparer samedi la moyenne des médailles glanées depuis 30 ans par nos représentants avec celle récoltée à chaque édition des JO par les Néerlandais. La population des Pays-Bas est une fois et demie plus nombreuse que celle la Belgique mais les Bataves décrochent quatre à cinq fois plus de médailles que les Belges et s'illustrent dans un nombre bien plus large de disciplines.

Mais pourquoi le sport olympique belge stagne-t-il à un niveau aussi moyen ? Tentatives de réponses.

1 Le sport d'élite belge manque-t-il de moyens ? Oui et non. Même si le budget global qui lui est alloué tourne autour des 30 millions d'euros annuels (contre 60 aux Pays-Bas), ces récentes années, de réels efforts financiers ont été consentis par le Comité olympique interfédéral belge, les Régions et Communautés et les fédérations, pour accorder aux athlètes de haut niveau un statut quasi professionnel.

Cela dit, tout l'argent ne va pas aux sportifs eux-mêmes, en raison principalement de l'éparpillement des structures et des compétences politiques et sportives.

Le sport belge dépend de cinq ministres différents, la régionalisation a entraîné un éclatement des responsabilités et chacun travaille désormais dans son coin. Exemple : la Flandre s'est dotée il y a quelque temps d'un "manager du sport de haut niveau" sans équivalent en Communauté française.

Et si, au lendemain des résultats déjà décevants d'Athènes (3 médailles seulement), le COIB, les Communautés et les administrations sportives ont lancé le projet "Be Gold", visant à mieux encadrer l'élite du sport belge, il faudra attendre 2012 voire 2016 pour juger de son efficacité.

En attendant, on a droit à des situations aberrantes par dizaines. Quelques exemples. Les responsables du tennis francophone, mécontents de l'exiguïté du centre d'entraînement de Mons, avouent qu'ils en sont arrivés à réclamer, sans succès, des bâches pour protéger les terrains du vent qui souffle sur le Grand Large.

Des athlètes sont parfois obligés de courir des kilomètres pour trouver une salle de musculation digne de ce nom ou une piste praticable en hiver parce que dans leur voisinage, ce type d'infrastructure n'est pas disponible. Et l'on en passe.

2 L'encadrement est-il adéquat ? La réponse est non. Tous les spécialistes, comme l'ancien judoka médaillé d'or à Moscou Robert Van de Walle, vous le diront. Le monde sportif belge repose beaucoup trop sur des bénévoles qui n'ont pas les connaissances et les compétences suffisantes pour amener les athlètes au plus haut niveau. Il y a des exceptions, comme Rudy Diels, Wim Vandeven ou Jacques Borlée en athlétisme, mais ces entraîneurs de qualité ne bénéficient pas toujours du soutien qu'ils méritent.

Certains sportifs s'en tirent en s'adressant à des entraîneurs étrangers, comme le perchiste Kevin Rans, parti travailler avec l'entraîneur de Serguei Bubka; comme les frères Borlée qui s'apprêtent à rejoindre les Etats-Unis; ou comme Yoris Grandjean qui nage à Antibes. Mais tous n'ont pas les moyens (ou la volonté) de s'expatrier.

Si l'on veut de bons entraîneurs, il faut pouvoir les payer en fonction de leurs qualités. Et cette culture-là n'existe pas en Belgique.

3 Les dirigeants du sport belge sont-ils à leur place ? La question mérite d'être posée. Prenons le COIB. Selon divers experts, comme Ronald Gaastra (l'entraîneur néerlandais de la natation flamande) ou Gaston Roelants, les dirigeants du Comité olympique ont de l'expérience et il ne servirait à rien de les renvoyer.

Mangeurs de crevettes

Mais pour Jean-Marie De Decker, le sulfureux homme politique flamand, qui fut en son temps un excellent entraîneur de judo, le COIB est composé soit de vieux chevaux sur le retour "qui ne savent que manger des crevettes lors de leurs réunions mensuelles", soit de jeunes loups ignorants de la chose sportive mais choisis parce qu'ils amenaient l'argent de sponsors avec eux.

Où sont les experts ?

Toujours est-il que les instances sportives belges manquent cruellement en leur sein d'anciens sportifs qui connaissent le terrain et la mentalité des athlètes. On n'exploite pas les compétences d'une Ingrid Lempereur, d'un Paul Van Himst, d'un Michel Preud'homme, d'un Fred Deburghgraeve. Songera-t-on, un jour, à solliciter Justine Henin, Kim Clijsters ou Kim Gevaert, qui s'apprête à ranger ses spikes au vestiaire ? Que sont devenus Jean-Pierre Burny, le champion de kayak ou Obreno, l'ancien entraîneur de Brigitte Becue ?

Il manque tout aussi cruellement d'experts, alors que les universités regorgent de médecins, biologistes, psychologues, nutritionnistes, etc, qui n'attendent qu'un appel du pied.

Jacques Borlée ne révélait-il pas au "Soir" que ce sont les médecins du Milan AC qui ont aidé Cédric Van Branteghem (coureur de 400 mètres) à guérir de ses blessures récurrentes ? Est-ce normal ?

Quant aux fédérations, il suffit de constater l'attitude méprisante de l'Union belge de football à l'égard des Diablotins et de leur entraîneur pour se faire une idée des lacunes existantes.

4 Les politiques ont-ils une responsabilité ? Assurément. La régionalisation est chose acquise et il faut s'en accommoder. Mais le désintérêt des politiques pour le sport ne s'est jamais démenti, sauf quand il s'agit de passer trois semaines aux Jeux aux frais de la princesse et d'y courir les réceptions.

Les responsables de l'enseignement n'ont jamais réservé à la pratique sportive la place qu'elle mérite. C'est non seulement navrant pour l'état de santé général de la jeunesse mais handicapant pour les jeunes sportifs et particulièrement pour les plus doués.

Rien n'a été fait (ou si peu) pour augmenter la part du sport à l'école, pour permettre aux étudiants du supérieur de concilier études et carrière sportive. Tant qu'on en sera là, aucun progrès n'est à espérer.

Jean-Pierre Bruwier, l'ancien athlète, et Robert Van de Walle ont, tous deux, nourri le projet de créer un centre de haut niveau par Région, à l'image de ce qui existe au niveau national en Australie, avec l'Australien Institut of Sport, ou en France, avec l'Institut national de sport et d'éducation physique (INSEP) par exemple.

On y concentrerait les moyens de repérer, d'encadrer, de préparer et d'entraîner les champions de demain. Il en coûterait quelque 15 millions d'euros par centre. Pourtant, le dernier projet en date du ministre Daerden est de créer en Communauté française pas moins de quatre pôles, afin de ne vexer aucun bassin.

5 Les sportifs sont-ils tous tout blancs ? Assurément non. Beaucoup ne mettent pas la barre assez haut, qui savent qu'ils peuvent gagner de l'argent sans quitter leur clocher et sans forcer leur caractère.

Une bonne performance, comme un record de Belgique par exemple, suffit à leur ambition et à leur bonheur. Mais ce n'est pas avec cela qu'on décroche des médailles olympiques.

6 Le Belge est-il sportif ? Non. Un petit Néerlandais va à l'école sur un vélo. Un jeune Belge se fait déposer en voiture par papa et maman. Un Kenyan ou un Suédois avale des kilomètres qu'il fasse plus 30° ou moins 10°. Un Belge préférera le confort douillet d'une salle de sport, si possible équipée d'une cafétéria.

On a déjà parlé des lacunes de l'école mais on pourrait aussi évoquer la démission des parents trop contents de caser leur rejeton devant la télé, ce qui leur évite des déplacements fatigants au stade ou à la piscine.

Sans compter, cette mentalité de "looser" qui habite pas mal d'entre nous. En Belgique, sauf grandioses exceptions, on a appris à se contenter de peu. Et si c'était là que résidait le coeur du problème...