Je suis à l’opposé des Diables Rouges", sourit Joachim Gérard. "Ils sont numéro 1 au ranking mais pas champions du monde. Moi, je suis champion du monde mais pas premier mondial. Dans les deux cas, ça se discute…"

De discussion, il n’en est pourtant pas question : le tennisman en fauteuil roulant brabançon a remporté le Masters à Londres, la compétition la plus prestigieuse, et il l’a fait en battant à deux reprises en trois jours le Japonais Kunieda, invaincu depuis deux ans et 77 matches.

"J’ai encore du mal à réaliser", avouait-il lundi, de retour sur le sol belge. "Si je l’ai emporté, c’est en partie grâce à mon coach, Marc Grandjean, avec qui je travaille depuis neuf ans. Et parce que, cette fois, j’ai réussi à faire abstraction de toutes les émotions autour de moi. Je ne m’en suis même pas rendu compte, mais il paraît qu’en finale, après avoir été mené 3-0 dans le set décisif, je n’ai plus fait une seule faute directe."

"Faire connaître mon sport"

Les messages de félicitations n’ont pas tardé à envahir son portable, ses comptes Facebook et Twitter…

"De Kim Clijsters, de David Goffin, de Steve Darcis mais aussi d’Evi Van Acker et de Jean-Michel Saive", dit-il. "Ça me fait un plaisir fou car ces gens ont tout connu, même si mon rêve n’est pas tellement de devenir une star. Je veux surtout faire connaître mon sport. Et je dois dire que depuis quelques années, on en parle."

Pas de répit pour Gérard

Il y a deux ans, Joachim Gérard avait déjà disputé la finale du Masters contre Kunieda et était troisième mondial. "Je me sentais déjà capable de le battre. Mais cette fois, c’est différent, c’est deux fois en trois jours. Maintenant, il va falloir que je confirme, mais je sens que je peux vraiment progresser, aussi parce que j’ai toute une équipe derrière moi."

Deux jours, c’est le seul répit qu’il s’accorde pour savourer et souffler, avant de reprendre l’entraînement, à Limelette, dans le club de Justine Henin. Car dans un mois, il repart à l’Open d’Australie. Après, il y aura Roland-Garros et Wimbledon et puis seulement Rio 2016. Ce Masters change-t-il ses objectifs ?

"Non. Si vous m’aviez demandé il y a quinze jours quelles étaient mes ambitions pour Rio, je vous aurais répondu : une médaille, sachant que le titre serait la cerise sur le gâteau. Rien ne change, si ce n’est que je me dis que la cerise est peut-être un peu plus accessible maintenant."