ÉCLAIRAGE

Quel scénario incroyable! Après la traversée de trois océans (Atlantique, Indien et Pacifique), Jean Le Cam (Bonduelle), Vincent Riou (PRB) et Mike Golding (Ecover) se tiennent en moins de 100 milles (+/- 180 kilomètres) c'est-à-dire une paille.

Rétroactes: au Cap de Bonne-Espérance, après une descente de l'Atlantique sélective, seuls six bateaux pouvaient encore prétendre à la victoire sur les vingt engagés. Hugo Boss (Alex Thomson) et Sill (Roland Jourdain) «out», VMI (Sébastien Josse) meurtri après la rencontre avec un gros «glaçon», ils ne sont plus que trois à avoir dompté le «grand sud», ses tempêtes, ses températures glaciales, ses icebergs... Les trois qui sont devant sont des costauds, leurs machines - de conceptions différentes - ont préservé intact leur potentiel pour un dernier sprint qui s'annonce intense dans une remontée de l'Atlantique «variée» qui obligera les skippers à exploiter la moindre option météorologique favorable, notamment au passage de l'anticyclone de Sainte-Hélène. Autant dire que ces trois marins ne dormiront plus beaucoup avant leur arrivée aux Sables d'Olonne dans une vingtaine de jours.

1Jean Le Cam (44 ans). Il est surnommé «Le Roi Jean», c'est tout dire. Jeune marin, il a fait ses armes - à la dure - avec Eric Tabarly. Depuis, il a notamment remporté à trois reprises la Solitaire du Figaro - dont il est le recordman avec Philippe Poupon. La référence.

Après un départ hésitant, Le Cam a «mis la machine en route» et a forgé son avantage par un sans faute depuis les îles Kerguelen. Son «Bonduelle» est complet, sa position de leader lui donne confiance et sa stratégie se fera avec un oeil fixé dans les rétroviseurs. L'homme est taillé dans le granit et tous ceux qui ont navigué contre lui le savent: il sera dur à battre.

2 Vincent Riou (32 ans). Son palmarès est moins étoffé que celui des deux vieux «loups des mers» qui l'encadrent mais l'élève de Michel Desjoyeaux a conquis ses galons de capitaine de haute lutte en effectuant une époustouflante descente de l'Atlantique. Remettra-t-il le couvert dans la remontée? Son PRB, vainqueur il y a quatre ans, «connaît le chemin». D'une génération plus ancienne que Bonduelle et Ecover, il a été parfaitement remis au goût du jour par son skipper. Son esprit d'analyse et l'exploitation parfaite de son monocoque sont des atouts majeurs pour le rôle d'attaquant qu'il devra adopter s'il veut gagner. En effet, il serait sans doute toujours en tête s'il n'avait pas - trop? - privilégié la sécurité, notamment dans l'océan Pacifique.

3 Mike Golding (44 ans). Un sujet de sa «gracieuse majesté» va-t-il damer le pion aux Français? Damned! Après avoir traîné comme un boulet son erreur des Canaries pendant deux mois, l'Anglo-Saxon, magnifique de maîtrise, vient frapper à la porte du sacre. Ses ambitions sont claires: gagner. Dans les vents contraires qui sont légion en Atlantique sud, il dispose incontestablement d'une machine(*) très rapide qu'il exploite à merveille et à bon escient. Sa position est idéale pour «observer» et «profiter»... Wait and sea!

(*) Détail croustillant: Ecover a été baptisé à Anvers par... Helmut Lotti.

© Les Sports 2005