L'Agence mondiale antidopage (AMA) ouvre cette semaine un nouveau chapitre de son histoire en élisant l'Australien John Fahey à sa présidence pour remplacer Dick Pound lors de la conférence sur le dopage qui s'ouvre jeudi à Madrid. Le Canadien a récolté des lauriers partout dans le monde depuis son accession à la tête de l'Agence mondiale antidopage en 1999, mais il s'est aussi fait de nombreux ennemis pour ses propos sévères, notamment en demandant davantage de contrôles antidopage et des sanctions plus dures pour les contrevenants.

"En 1999, après l'affaire Festina, souligne Dick Pound, personne ne faisait confiance à personne pour lutter efficacement contre le dopage. Ni au mouvement olympique, ni aux pays, ni aux fédérations. Il nous fallait remédier à ce sentiment de méfiance avec un organisme indépendant. Mettre sur pied l'AMA a été un défi. Je crois pouvoir dire que nous avons réussi en très peu de temps."

L'AMA aura peu de temps pour réfléchir sur ses succès puisqu'il lui faudra également réviser le Code mondial antidopage avec de nombreuses fédérations internationales, qui ne perçoivent pas toutes de la même façon ce qu'il convient de faire en matière de lutte contre le fléau.

Le dopage a fait souvent la "Une" cette année, avec notamment un Tour de France assombri par les contrôles positifs et les aveux de la sprinteuse américaine Marion Jones qui a reconnu s'être dopée et s'est vu retirer ses cinq médailles olympiques récoltées aux Jeux de Sydney. Le dopage devient aussi un sujet de moins en moins tabou dans d'autres sports comme le tennis ou le golf même s'il reste encore du chemin à accomplir avant d'arriver à une transparence dans ces milieux.

"Un tournant difficile"

Fahey, ancien ministre australien des Finances et qui n'a aucune expérience dans la sphère sportive, est le seul candidat à la présidence après le retrait de Jean-François Lamour, l'ancien ministre français des Sports, qui a jugé l'AMA insuffisamment efficace en raison de son manque de moyens.

L'Australien Fahey, qui doit maintenant gagner le soutien des Européens qui étaient acquis à Lamour, a reconnu qu'il faisait face à un tournant difficile.

"J'attends avec impatience de travailler avec tous les membres des autorités publiques, y compris les Européens", a dit récemment Fahey sur le site "Around the Rings", dédié à l'olympisme. Le Comité international olympique (CIO) a promis de le soutenir.

"Il va faire un travail difficile et il aura le soutien du mouvement olympique" , a dit à la presse Jacques Rogge, le président du CIO, ajoutant que la succession à la tête de l'AMA aurait pu être plus sereine. "Il est nouveau dans le mouvement olympique et dans la lutte contre le dopage mais il mérite qu'on lui laisse le temps de montrer quelles sont ses capacités" , a ajouté Rogge. Fahey devra faire pression sur les fédérations internationales pour qu'elles se soumettent au code de l'AMA, qui rendra un rapport en novembre 2008. Il sera remis aux fédérations et celles d'entre elles qui ne seraient pas d'accord pour l'appliquer pourraient voir leur sport retiré du programme des JO au plus tôt lors des Jeux d'hiver de 2010 à Vancouver. (Reuters)