En cette période de Coupe du monde en France, le rugby occupe le devant de la scène dans les médias, reléguant dans l'Hexagone d'autres valeurs sûres dans les journaux comme le football, la F1 ou le tennis. Même si la Belgique est encore à quelques longues encablures d'une participation à une phase finale de Coupe du monde, les dirigeants du rugby belge reprennent l'ovale au bond pour faire entrer leur passion dans les moeurs belges.

Dany Roelands, le président de la Fédération belge de rugby belgische (FBRB), a entrepris de grands chantiers pour dépoussiérer ce sport. Au vu du succès de ses projets, il nourrit de hautes ambitions pour les années qui viennent. Toutefois, il a conscience que, si le chemin accompli en quelques années est prodigieux, le rugby est à la croisée des chemins.

Historiquement, le rugby est-il lié à la culture belge ?

Le rugby est né en Belgique en 1921, importé par des Anglais qui travaillaient à Anvers. Certains avancent que les JO d'Anvers en 1920 ont joué un rôle clef dans l'introduction de ce sport dans le royaume. Au départ, il ne touchait que la province anversoise et la capitale. La fédération fut inaugurée en 1931 avec, au départ, une petite dizaine de clubs. Le rugby a quasi disparu durant la seconde guerre mondiale.

Que représente en 2007 le rugby en Belgique ?

Aujourd'hui, le rugby attire en Belgique 7 500 affiliés dont deux tiers sont issus de la fédération francophone et le tiers restant de Flandres. Le rugby a été l'un des premiers sports régionalisés en 1977. En tant que président national, je puis avancer que les francophones sont en avance sur leurs homologues néerlandophones. Nous enregistrons une évolution de 10 pc au niveau des inscriptions depuis cinq ans. Ainsi, nous avons doublé nos effectifs. Désormais, nous visons d'atteindre en fin d'année les 8 000 membres. Nous avons 50 clubs et 40 écoles qui offrent la possibilité de pratiquer ce sport. En 1997, seules 2-3 écoles s'intéressaient au rugby.

Comment expliquer cette renaissance belge depuis plusieurs années ?

Nous avons mis en place un plan stratégique en 2002 pour donner une visibilité à ce sport 100 pc amateur. Nous avons lancé une étude marketing qui a mis en évidence que notre salut viendrait d'une vitrine. Nous avons jeté notre dévolu sur notre équipe nationale. Pour l'aguerrir, nous avons appelé un professionnel confirmé, Richard McClintock, pour entraîner l'équipe. Ce Français d'origine écossaise a servi de détonateur.

Ce détonateur a déjà donné une certaine envergure au rugby national...

Oui, il y a peu nous avons joué un match amical face à l'Argentine au stade Roi Baudouin. L'Argentine, ténor sur la scène mondiale, ne nous connaissait même pas il y a quelques années. Aujourd'hui, ils nous utilisent comme sparring-partner. Je puis dire que nous avons le niveau pour servir de répétition générale pour les meilleures équipes mondiales.

Et au niveau des classements ?

Nous figurons fièrement en 32e position au ranking mondial tandis qu'il y a trois ans nous végétions en 55e place. Au niveau européen, nous sommes montés successivement de la division 3B à la 3A, à la 2B pour grimper en 2A cette année. Nous visons à moyen terme la D1, c'est-à-dire le dernier échelon avant l'élite. Cette année ce sera difficile car notre groupe comprend l'Allemagne et la Moldavie. Mais nous avons encore des raisons d'espérer.

Comment un groupe d'amateurs est-il capable de s'élever à de tels sommets ?

En fait, les clubs belges sont tous d'un niveau amateur, mais 70 à 80 pc de l'équipe nationale évoluent en France comme semi-professionnels. En Belgique, quatre clubs sortent du lot : Boitsfort, l'Asub Waterloo, le ROC Ottignies et Dendermonde en Flandres. Ils bénéficient de grosses structures pour se développer ainsi qu'une bonne école de jeunes.

Les infrastructures belges restent néanmoins insuffisantes...

Oui, certes ; nous sommes sur la bonne voie, mais la route est encore longue. Par exemple, à Boitsfort, de loin notre meilleure équipe belge, le terrain se situe au coeur de la forêt de Soignes, dans une clairière, n'offrant aucune visibilité au public ou aux sponsors.

L'argent reste-t-il un frein à l'épanouissement du rugby ?

Pendant trop longtemps, le rugby s'est contenté de miettes. Nous cherchons à avoir une place dans les journaux pour attirer des supporters au bord des terrains. Ensuite, les sponsors se manifesteront. La quadrature du cercle...

Quels sont les grands défis actuels du rugby en Belgique ?

Tout d'abord, il faut poursuivre le travail entrepris depuis cinq ans. Nous avons progressé de 25 places au classement, mais nous visons le top 25 mondial. Les dernières places seront les plus difficiles à grappiller. Être dans le top 25 nous permettrait d'avoir des vues sur la Coupe du monde en 2011. Objectif ambitieux mais réaliste. Ensuite, nous utiliserons l'équipe nationale comme vitrine tout en axant sur les jeunes afin d'éviter qu'ils ne partent en France.

Pour cela, il faut adapter les infrastructures dans nos clubs ?

Il s'agit de notre troisième objectif. Nous voulons discuter avec les clubs afin de changer de statut et passer vers un semi-professionnalisme. Cela ne signifie pas payer des joueurs, mais modifier leur comportement. Le centre de La Sapinette à Mons ainsi que celui de Tubize offrent désormais une chance aux jeunes de jouir d'un encadrement professionnel.

Le rugby traîne derrière lui de vieilles étiquettes qui lui portent préjudice...

Assurément. Le rugby est considéré comme un sport violent. Moi, je soulignerais plutôt sa virilité. Le rugby est une école virile et codifiée. Les contacts sont sous contrôle. D'ailleurs, l'assurance ne coûte que 10pc de plus que celle des footballeurs. Ensuite, les gens pensent que nous démolissons les pelouses. Stupide. J'en veux pour preuve une discussion avec un jardinier du Heysel qui m'a confié qu'après la rencontre amicale contre l'Argentine, le terrain était en bien meilleur état qu'un match des Diables Rouges. En plus, l'esprit d'équipe et de famille est poussé à l'extrême. Au stade Roi Baudouin, il n'y avait que quatre policiers et les supporters des deux camps se mélangeaient durant et après la rencontre.

Cette convivialité se retrouve-t-elle au plus haut niveau ?

Bien sûr. Avant d'occuper mes fonctions de président, j'ai été longuement arbitre. Je me souviens d'un match de championnat d'Europe, en 1988, opposant la France à l'Italie dans le mythique stade de Monaco. Les supporters floqués du maillot de leur équipe favorite refaisaient ensemble la partie à l'issue de la rencontre.

D'où provient dans le milieu du rugby un tel sens du respect ?

En rugby, si un supporter est responsable d'un comportement déplacé, il est exclu de stade durant dix ans. Ça donne à réfléchir... C'est une question d'éducation. Le règlement est strict et appliqué. De toute façon, sur le terrain, les joueurs sont solidaires et respectueux. Cela rejaillit sur les tribunes.

Quel regard portez-vous sur le niveau mondial ?

A mon sens, lors de cette Coupe du monde, la France et les Néo-Zélandais sont archi-favoris. Vous avez l'Australie, l'Afrique du Sud qui sont très proches. L'Argentine, l'Irlande et l'Angleterre restent de sérieux outsiders. Ensuite ? Un gouffre les sépare des autres. Mon coup de coeur reste l'Angleterre.