Nafi Thiam n’a jamais attendu le poids des ans pour tout déménager sur une piste. De son propre aveu, elle a toujours été attirée par l’heptathlon par peur de s’embêter dans une discipline unique. Sa polyvalence est exceptionnelle. Cette touche-à-tout transforme souvent ses coups d’essai en coup de maître car elle est curieuse et perfectionniste. Sa détermination l’a déjà menée sur le sommet de l’Olympe à Rio. A 21 ans, le plus bel avenir s’ouvre à elle.

Tout a commencé lorsqu’elle a fêté son 7e anniversaire. Sous les conseils de sa maman, elle a franchi les portes du club de Jambes. "Mais, je me suis essayée aussi à de nombreux sports dont le basket-ball." Elle ne manquait jamais un stage Adeps où elle voyageait à travers le pays et les disciplines sportives. Elle était tenaillée par cette peur de s’enfermer dans un sport. Sa polyvalence est vite détectée. A 16 ans, la jeune adolescente ne revient pas indemne des championnats du monde scolaire à Villeneuve d’Ascq. "Un chouette moment. J’étais hyper stressée, mais contente d’être là. Je m’étais prise au jeu très sérieusement. Je me souviens d’avoir passé tant de temps sur la piste que j’avais adoré. A ce moment, je ne songeais pas encore à une carrière internationale même si je savais que la possibilité existait." Sa 4e place annonçait de belles années.

Un incident qui a fait du bruit

Un malheureux incident menaçait alors de tout détruire. Le 3 février 2013, Nafi bat le record du monde de pentathlon de l’intouchable Carolina Kluft. A cause d’un imbroglio au niveau du contrôle antidopage, la performance n’est pas homologuée. "J’y ai vécu mon pire souvenir. A cause de l’erreur de quelqu’un, j’étais injustement privée de mon record. Cette déception est arrivée très tôt dans ma carrière. La désillusion était totale."

Même si elle s’en serait passée, elle a puisé dans ce coup du sort une énergie décuplée. Lors de l’Euro junior à Rieti, elle se remet en piste avec brio. Seule la première place pouvait apaiser sa douleur. "Ce titre m’a fait du bien car je sortais d’un hiver pénible à cause de Gand. J’ai retrouvé toute ma motivation." A 18 ans à peine, elle entre déjà dans la cour des grandes à Moscou lors des championnats du monde. "Ce n’était pas prévu. Grâce à mon résultat de Rieti, j’y ai été invitée. J’étais très impressionnée. Ma 11e place m’a poussée à en vouloir encore plus."

Une double vie, entre sport et études

Poussée par sa devise "si j’entreprends un truc, je le fais à fond", elle se lance dans une double vie : étudiante en géographie à Liège et athlète professionnelle. Vu les 14 heures de sport pratiqué par semaine, elle est contrainte à étaler ses années. Depuis 3 ans, elle y trouve un équilibre indispensable. D’ailleurs, elle n’a pas manqué de revoir ses huit camarades de classe à son retour de Rio. "Ils me voient comme une jeune comme eux. Je veux rester simple et normale comme avant, précise la jeune étudiante qui aurait aimé entreprendre des études de bio-ingénieur. Mais, à Liège, je n’en avais pas la possibilité. J’ai alors regardé un programme d’étude qui proposait beaucoup d’heures de sciences. Je préfère la physique et la chimie, mais je m’intéresse à tout." Elle pourrait être climatologue ou géomètre. Cette jeune femme polyvalente refuse de limiter son avenir à un secteur.

Durant sa première année d’étude à Liège, sa carrière sportive connaît un nouveau bond. En 2014, elle bat son record à Gotzis, portant la barre à 6508 points. "J’avais battu six records en un heptathlon. Individuellement, j’avais été très forte. D’ailleurs, ce record a tenu deux ans."

Sur un plan comptable, les Mondiaux de Pékin n’avaient pas été un grand cru. Nafi Thiam s’en défend. "Après ma médaille de bronze à Zurich, tout le monde pensait que je n’avais qu’à apparaître pour tout rafler. Une carrière n’est pas toujours une ligne droite. A Pékin, je n’avais pas été si mauvaise."

Vient alors l’année 2016 où elle a tout misé sur les Jeux olympiques de Rio avec le succès qu’on connaît. A 21 ans, Thiam écrit déjà en lettres d’or l’histoire de l’athlétisme belge.