La dernière fois que nous avions passé un long moment avec lui, c'était au moment de l'élection du sportif du siècle, il y a deux ans. Sa vivacité d'esprit et sa connaissance presque encyclopédique du sport belge étonnaient tout le monde. En fait, pratiquement jusqu'au bout de sa vie, Raoul Mollet, qui s'est éteint, mercredi, dans sa propriété du Brabant, aura eu une activité exceptionnelle. Il allait avoir 90 ans le 28 décembre.

Aux Jeux de Berlin

Né à Languesaint, dans le Hainaut, cet ancien colonel d'aviation qui fut aussi professeur d'éducation physique, était un sportif de haut niveau. Il a participé aux Jeux Olympiques de Berlin en 36 et de Londres en 48, en pentathlon moderne, mais il excella, aussi, au tennis, en athlétisme, au golf et, surtout, en escrime.

C'est aux Jeux de Berlin qu'il se rendit compte de ce que le sport de haut niveau allait devenir dans les années suivantes: une force capable comme rien d'autre de mobiliser la planète entière. Directeur technique de la délégation belge en 64, à Tokyo, il mesura dans quel quart-monde sportif se trouvait la Belgique: lorsqu'un an plus tard, il obtint la présidence du COIB, le compte en banque du comité était exactement de 16 francs! Quelques bénévoles et la généreuse assistance de... l'Union Belge de football parvenaient à faire fonctionner cahin-caha, un secrétariat réduit à sa plus simple expression.

Le père du sponsoring

Pendant le quart de siècle au cours duquel il exerça la présidence du sport belge, succédant à Victor Boin, il a tout changé. Il n'est pas excessif de dire que c'est lui qui inventa le professionnalisme en Belgique. En tout cas, le professionnalisme des dirigeants. Raoul Mollet prit son bâton de pèlerin, tint des dizaines de conférences, dans les milieux huppés du Lion's Club ou du Rotary pour attirer l'attention des grands patrons sur la situation du sport belge, et les motiver pour la cause sportive et olympique. Il expliqua que ce n'était pas du mécénat, mettant en évidence l'impact que ces manifestations ne tarderaient pas à avoir, avec la généralisation de la télévision, que le sport deviendrait le principal vecteur de la communication commerciale et industrielle. Le premier convaincu fut François Narmon, l'ancien pdg du Crédit Communal, actuel président du COIB.

Il chercha surtout à s'entourer d'hommes de qualité. C'est lui qui alla chercher Adrien Vanden Eede et Jacques Rogge, inconnus à l'époque, mais qui devinrent des poids lourds, s'il en est, parmi les dirigeants sportifs. A la fin de sa présidence, 24 ans plus tard, le COIB avait sa maison des sports, son personnel, sa structure et une caisse qui débordait d'argent. De l'argent qu'il utilisa toujours à bon escient: il fit passer le sport de l'ère des administratifs à celle des techniciens, des scientifiques, des entraîneurs et des médecins. L'une de ses plus belles victoires fut sans doute d'avoir réussi à rendre les pouvoirs publics partie prenante, sans jamais en devenir dépendant.

Sur le plan international, c'est lui qui fonda le CISM (le Conseil International du Sport Militaire) dont il fut secrétaire général pendant 30 ans, et il fut membre de nombreuses commissions du CIO.

© Les Sports 2002