La banquise athlétique de l’Europe". La Ligue belge francophone d’athlétisme avait choisi une image forte pour représenter sa situation et traduire par là le profond sentiment d’isolement auquel elle est confrontée depuis trop longtemps.

Une nouvelle saison hivernale touche à sa fin et les dirigeants de la LBFA en sont réduits au même constat : rien ne bouge en matière d’infrastructure couverte digne de ce nom. L’anneau que le monde de l’athlétisme francophone appelle de ses vœux depuis 50 ans maintenant, et la création des premiers centres Adeps (on en recense 19 dont les revêtements ne sont pas adaptés), n’est toujours pas sorti de terre.

Ridicule quand on se souvient que quatre premières pierres ont déjà été posées par le passé !

"Or que constate-t-on autour de nous ?" interroge, carte à l’appui, Jean-Michel Garin, le président du Gefa (groupement des entraîneurs francophones d’athlétisme) et le directeur du sport de haut niveau à la LBFA. "Il existe une salle à Gand, une autre au Luxembourg, des infrastructures couvertes à Liévin, à Wattignies, à Amiens, à Reims, à Metz, à Vittel, pour ne citer que les plus proches de nous en France, un complexe indoor dans chaque grande ville allemande, une piste couverte à Sittard, aux Pays-Bas, une ville toute proche de la Belgique. Bref, les salles ont foisonné à l’étranger pendant toutes ces années, et un projet a été concrétisé en deux ans à peine en Flandre, à Gand, où nous organisons les championnats francophones. Et en Wallonie ? Rien ! Le néant ! Aujourd’hui, il est donc plus que temps de réagir "

Les dirigeants francophones, pour qui une infrastructure telle celle qui est implantée à Metz constitue un idéal (accessible pour 7 à 8 millions €), estiment avoir joué leur rôle, multipliant les initiatives, les courriers, les réunions, les visites d’étude à l’étranger, les projets aussi, tous moins chers les uns que les autres. Mais rien n’y fait.

"En 2010, le Ministre Antoine a tenu une conférence de presse à Barcelone, pendant les Championnats d’Europe : nous pensions notre heure arrivée", se rappelle le président de la LBFA, Jean-Claude Thill. "Dans le plan athlétisme, ne figurait cependant aucun projet de salle. Une désillusion pour nous car c’est devenu, à l’heure actuelle, un facteur essentiel de développement pour notre sport."

Car cette situation dramatique touche prioritairement les athlètes, confrontés à la résurgence de pathologies en cette saison, condamnés à aligner les kilomètres pour pouvoir s’entraîner dans des conditions décentes lorsqu’ils ne sont pas contraints de s’ébrouer sur des couloirs couverts mais trop courts, où ils ne disposent d’aucune marge de manœuvre. "Ils sont devenus les spécialistes du bricolage dans la sphère du sport de haut niveau", ironise Garin. "Comment les élites peuvent-ils perfectionner leur technique à la perche, par exemple ? Le désert auquel nous sommes confrontés engendre aussi des problèmes pour organiser des compétitions ou des formations à l’attention des jeunes, les cours étant régulièrement délocalisés vers des sites appropriés. Et je ne parle pas de la situation budgétaire : les coûts engendrés par la location d’espaces d’entraînement (NdlR : on évoque 40000 € pour un hiver) deviennent de plus en plus difficiles à supporter."

Et le dirigeant d’énumérer les dangers actuels résultant de ce contexte peu enviable : "La difficulté de motiver nos entraîneurs et nos élites, de fidéliser nos nouveaux affiliés. Je commence à être à court d’arguments vis-à-vis de tous les athlètes qui envisagent de s’en aller vers des pays plus accueillants comme les Etats-Unis. On pourrait assister à un véritable exode à la fin de cet été "