Même en vacances Marie-Blanche Wiame-Rouchet, présidente de la Fédération Francophone Belge de Yachting Belge, ne s’éloigne jamais vraiment du monde de la voile. Elle a en effet choisi comme destination la France et plus précisément Douarnenez, port de départ de la Mini Transat. Présidente depuis maintenant 6 ans d’une fédération qui compte entre 4500 et 4800 membres, Marie-Blanche Wiame-Rouchet est le témoin privilégié de l’évolution de la voile en Belgique francophone. "A mes débuts nous ne comptions qu’une sportive de haut niveau, nous en avons dorénavant 4. C’est une progression fantastique, c’est du jamais vu pour nous. C’est essentiel pour la voile belge car le sport de haut niveau et la compétition font office de vitrine idéale pour un sport qui manque d’exposition médiatique. On constate par contre qu’il y a de moins en moins de régatier de "plaisir" (en opposition avec la régate de haut niveau), comme par exemple lors des régates interclubs. Or ces régates sont tout aussi importantes. C’est de là que sortent les futurs sportifs de haut niveau.

Comment expliquez cette situation ?  

La crise y est pour beaucoup. Malheureusement, la voile demeure un sport cher. Un bateau reste un sacré investissement. On n’est pas du tout dans la même gamme de budget que pour le tennis ou le football. Il tombe sous le sens que l’achat d’un bateau n’est pas comparable à celui d’une raquette de tennis ou d’une paire de chaussures à crampons.  

Il y a cependant eu un effet post-olympique…  

C’est indéniable, la médaille olympique de Evi Van Acker a eu un réel impact, notamment auprès des jeunes. Ces sportifs sont des modèles pour les jeunes et on constate un vrai engouement. Il suffit de voir l’enthousiasme des jeunes lorsque l’un des héros des JO de Londres comme Wannes Van Laer vient à leur rencontre.  

Quelles sont concrètement les possibilités en Wallonie pour le jeune qui serait touché par le virus de la voile ?  

Il y a différentes possibilités, Certains Centres Adeps organisent régulièrement des stages de voile à Péronnes-lez-Antoing et Mons. Il y a également 10 écoles de voiles qui sont affilées à notre fédération et qui organisent régulièrement des stages. Ces stages rencontrent énormément de succès mais sur cent participants moins de deux persévéreront et se tourneront peut-être un jour vers la compétition. Malgré tout, si ces activités permettent à un ou deux jeunes d’avoir une révélation et de trouver leur voie, c’est déjà formidable.  

Justement, quel est l’encadrement prévu pour ces acharnés ?  

Nous avons mis en place des programmes pour les jeunes espoirs. Nous avons par exemple ouvert un team optimist (petit voilier solitaire à l’usage des enfants) et un team laser (voilier solitaire à dérive rétractable) qui permettra d’amener petit à petit ces jeunes espoirs vers la compétition. Nous organisons aussi des événements plus ponctuels comme par exemple la régate "mini mousse", une régate organisée avec des jeunes susceptibles de se tourner vers la compétition. Il y avait 74 participants et sur ceux-ci, neuf ont décidé de continuer le perfectionnement avec en point de mire la compétition. L’un de ces jeunes, seulement âgé de 14 ans nous à par exemple envoyé son CV en nous disant clairement que son objectif, c’est d’aller aux Jeux Olympiques. Notre but est de l’aider à y arriver.  

Quels sont en ce moment, les plus grands espoirs que vous encadrez ?  

Il y a bien évidemment Wannes Van Laer qui était déjà aux jeux olympique de Londres en 2012 et qui se prépare pour la prochaine olympiade. On peut également citer Morgan Good, vice champion du monde junior en catamaran ainsi que Corentin Demanet et Quinten Lauwers sur dériveur 470 et bien sûr Jonas Gerckens pour la course au large (course en haute mer) qui n’est pas assez représentée ici.  

Jonas Gerckens qui malgré son excellente année 2012 a vu une partie de sa saison tomber à l’eau par manque de sponsor…  

Tout à fait, de ce côté-là, c’est morne plaine. C’est un problème récurrent. Trouver un sponsor relève parfois du véritable chemin de croix. Cela résulte clairement d’un manque de visibilité médiatique et populaire. Ce manque de sponsoring n’est d’ailleurs pas l’apanage des athlètes. Notre fédération souffre également de ces difficultés. Or si nous ne trouvons plus de sponsoring nous ne pourrons pas continuer notre mission d’encadrement du haut niveau, ce qui serait évidemment catastrophique. En effet, même si l’Adeps nous aide, il ne faut pas oublier que nous effectuons cet encadrement pour un quart sur fonds propres… Pour encadrer le haut niveau, il n’y a pas de secret, il faut des entraîneurs au top et ça se paye. 

Comment expliquer ce manque d’exposition médiatique et populaire ?  

Il est somme toute facile de réunir des milliers de personnes autour d’un stade pour voir un match de foot ou de tennis. Pour la voile, c’est différent. Vous vous rendez par exemple à Nieuport pour assister au départ d’une régate, mais une fois celui-ci donné, l’essentiel de la course se déroule en pleine mer. Tout ce que le spectateur distingue c’est des petits points blancs à l’horizon. Difficile dans ces conditions de faire se déplacer le public en masse à part pour des événements tel que l’America’s Cup.  

Vu cette situation qu’est ce que ce sport à de si particulier pour continuer à éveiller l’intérêt de milliers de passionnés ?  

C’est un sport terriblement formateur, la plupart des jeunes qui font de la compétition sont soit universitaires, soit étudiants en hautes écoles. C’est également un sport porté sur l’aventure humaine qui exige un mental d’acier, et procure des sensations inimaginables.