Les Américains aiment le sport spectacle, celui des exploits individuels ou collectifs, celui des records, celui du dépassement de soi. Ils aiment également le suspense, l'indécision et la surprise.

Pas tous les Américains bien entendu mais suffisamment pour qu'un business rentable puisse s'y adosser. Pour répondre au mieux à ces désirs, la NFL est structurée autour de quelques principes de base.

Une ligue fermée

Pas question de rétrogradation ou de promotion, tous oeuvrent dans un même but: produire un spectacle de qualité et passionnant puisqu'indécis.

Un véritable cartel au sein duquel les 32 franchises s'accordent pour gérer le championnat au mieux de leur intérêt. Les résultats sportifs n'ont ainsi qu'une influence minime sur les revenus, provenant principalement des droits de télévision nationaux. Négociés par la Ligue, ces revenus sont répartis selon une clé admise par tous. Une disparition de franchise suite à une faillite ou une rétrogradation provoquerait une diminution des rentrées communes. Personne n'y a intérêt.

Les franchises ont aussi besoin de concurrence mutuelle afin de maintenir le suspense sportif mais ne peuvent se permettre que l'une d'elle se place en position hégémonique. Des mécanismes garantissant la répartition des forces, et donc l'incertitude sportive recherchée, ont donc été mis en place.

Le salary cap

Pour éviter qu'une équipe favorisée par son environnement (riche propriétaire, ville de plus grande importance, etc...) ne prenne durablement le dessus sur les autres, un plafond de la masse salariale des joueurs de chaque franchise est fixé. C'est le «salary cap». Il évite qu'un club truste les meilleurs joueurs. Il sert aussi à refuser aux joueurs des salaires qu'un marché libre leur accorderait probablement.

La draft

Pour maintenir leurs revenus, chacune des franchises doit capter l'intérêt d'un nombre de fans toujours plus important. Le public soutenant une équipe au gré de ses performances, il est indispensable que chacune ait l'occasion de s'illustrer.

Chaque année, de nombreux candidats à la carrière de sportif sont présentés au cours d'un week-end événementiel, la «Draft». Pendant du système de transfert européen, elle sert, contrairement au modèle européen, de régulateur. Par un système élaboré, elle donne en effet aux clubs les moins performants une priorité sur les meilleurs renforts. La recherche d'un certain équilibre sportif est ici aussi évidente, même si le système à ses limites.

Un cadre légal adapté

Le sport étant un secteur économique à part entière, se pose la question de la légalité du système mis en place au regard du «Sherman Act». Dès 1890, cette loi fondamentale interdit les ententes en vue de monopoliser un commerce. Or, les franchises ne font rien d'autre qu'organiser le commerce du football en combinant leurs activités pour maximiser le produit qu'elles offrent au public. Le législateur US a pourtant admis la primauté des décisions consécutives à des négociations collectives sur les lois anti-trust. Le «salary cap» étant négocié entre propriétaires de franchise et syndicat des joueurs, il n'est pas condamnable au regard du «Sherman Act». Il en va de même pour la centralisation des droits de télévision.

Ces décisions sont motivées par le souci d'atteindre l'équilibre sportif, celui qui motive le public à soutenir ses couleurs...

© Les Sports 2006