A peine sorti de l’eau, Ricardo se dirige vers la poubelle et y jette un sac plastique rempli. "J’ai profité de ma baignade pour ramasser les déchets en surface. C’est ma modeste participation pour sauver la plage !" De petits résidus jonchent encore le sable. L’air désemparé, le "Carioca" laisse son regard courir le long de Copacabana. Un peu plus loin sur la célèbre plage, près de septante athlètes s’échauffent dans les vagues. Ce dimanche 2 août, Rio de Janeiro organise un championnat de triathlon, véritable test avant les Jeux olympiques de 2016.

Sous un soleil d’hiver plus que clément, alors que le thermomètre frôle les 30 degrés, une foule de touristes et de Brésiliens s’agglutine près de la ligne de départ, pendant que d’autres font quelques brasses dans la mer. "A cette heure-ci, l’eau est transparente mais plus tôt dans la matinée, beaucoup de déchets flottaient. Avec les courants, ils se sont éloignés", témoignent deux sauveteurs en mer. Leur planche jaune sur l’épaule, ils attendent d’embarquer sur un bateau pour surveiller l’épreuve. "A cause de la pollution, des collègues ont déjà eu des irritations de la peau. Nous, pour l’instant, nous n’avons eu aucun problème de santé."

Course contre la montre

Une chance, à en croire l’étude commandée par Associated Press (AP) (lire ci-contre), qui révèle que les athlètes participant aux épreuves nautiques des Jeux olympiques risquent de tomber malades. Vittoria Lopes n’a pourtant pas l’air inquiète. L’athlète brésilienne, originaire de Fortaleza (Nord-Est), vient de finir l’épreuve féminine. "Je ne me suis pas préoccupée de la pollution : en nageant, je voyais le fond !", lance-t-elle, tout sourire. Comme elle, les athlètes en compétition ont fait l’éloge de l’événement.

En sera-t-il de même pour les voileux ? Au nord de Copacabana, deux "éco-bateaux", sorte de bennes à ordures flottantes, accostent sur le quai de la Marina de Gloria, dans la baie de Guanabara. Cette autre carte postale de Rio, qui s’apprête à accueillir une régate de répétition dès le 15 août, avant les épreuves olympiques de voile de 2016, est elle aussi pointée du doigt par le rapport d’AP. "Chaque bateau ramasse 500 kilos de déchets par jour", affirme un des employés. Le gouvernement de Rio espère réduire de 95 % les déchets flottants dans la baie avant la tenue des JO, notamment grâce à de nouvelles éco-barrières. Une course contre la montre est enclenchée.


La Baie de Guanabara, un égout à ciel ouvert

© AP
Après les athlètes autrichiens de l’équipe de voile qui s’étaient plaint de fièvres, de vomissements et de diarrhées lors d’entraînements en juillet dernier, c’est au tour d’Associated Press (AP) de tirer la sonnette d’alarme. Selon l’enquête de l’agence, publiée il y a une semaine par "The Guardian", les sites olympiques de la baie de Guanabara, la plage de Copacabana et le lac Rodrigo de Freitas sont contaminés par des matières fécales humaines. Des taux de pollution 1,7 millions de fois supérieurs au seuil maximal toléré sur des plages californiennes ont aussi été détectés. Les risques d’infection encourus par les athlètes en contact avec l’eau seraient donc extrêmement élevés. Le biologiste Mario Moscatelli, qui étudie la baie depuis 20 ans, n’est pas surpris par ces résultats. "La baie est un égout à ciel ouvert. Le comité olympique international (COI) aurait dû mettre la pression sur les autorités brésiliennes lors de l’attribution des jeux. Et maintenant, à un an de la compétition, on fait quoi ?" Car pour l’heure, seule la moitié des eaux usées déversées par la région métropolitaine de Rio sont traitées. Au moment de la candidature, les autorités avaient pourtant promis d’en traiter 80 % avant 2016. Un échec reconnu par le maire de la ville, qui déplore une "occasion perdue". Mais pour le directeur médical du Comité olympique international (COI), Richard Bludgett, cité par AP, il n’y a pas de risque "significatif" pour la santé des athlètes. Quant au Comité organisateur, il dit garantir leur sécurité. "Un nouveau système de canalisation va évacuer tous les déchets en dehors de la baie […], la zone de compétition sera protégée par une flotte d’éco-bateaux et des éco-barrières", a affirmé à l’AFP le directeur de la communication Mario Andrada.


Le rapport d’Amnesty qui accable les forces de l’ordre brésiliennes

© AFP
Le rapport a jeté un pavé dans la mare, mais sera-t-il entendu par le Comité international olympique ? "You killed my son", c’est son nom. Littéralement : "vous avez tué mon fils". Ce rapport d’Amnesty International amène un chiffre de 16 %, qui représenterait le pourcentage d’homicides imputables à des policiers en service sur les cinq dernières années à Rio de Janeiro. Cela représente 1519 crimes…

Comment cela est-il possible ? L’organisation pointe du doigt un recours à la force injustifié par les forces de l’ordre, lors d’opérations de lutte contre la drogue dans les "favelas". Elle accuse également le manque de discernement de la justice dans les affaires d’homicides mettant aux prises des policiers avec les habitants de ces bidonvilles. Ainsi, la justice clôture souvent les affaires en classant les victimes - dont la majorité, entre 2010 et 2013, serait des jeunes Noirs âgés entre 15 et 29 ans - dans la catégorie "résistance, suivie de mort".

Des scènes de crimes modifiées

Cela permet de protéger les auteurs de la police de toute enquête indépendante, qui pourrait leur imputer des poursuites judiciaires.

Amnesty International va plus loin et accuse les policiers de modifier des scènes de crimes. Pour certaines des victimes, ils se concentrent non moins sur le profil criminel des victimes, si elles ont un rapport avec le trafic de stupéfiants, que sur les circonstances de la mort; ce qui permettrait de "légitimer" l’homicide.

Le rapport d’Amnesty a été rendu public lundi dernier. La politique de sécurisation menée par le gouvernement actuel montre un autre visage… un visage de mort, qui accentue le fossé citoyen entre la police et les habitants de certains quartiers défavorisés. Il reste beaucoup de combats à mener pour garantir la sécurité dans la ville, mais la répression telle qu’elle est pratiquée semble faire "fausse route", selon l’organisation en tout cas.

En 2016, Rio deviendra pendant deux semaines la vitrine du Monde sportif moderne. Il ne reste qu’un an. Et la cité du Corcovado tente de repeindre sa façade, tandis que le temps s’égraine inexorablement.


Rio va devoir réaliser de nouveaux tests

© AFP
Après la publication de l’enquête d’Associated Press, l’Organisation mondiale de la santé a demandé à l’Etat et au Comité international olympique (CIO) de réaliser de nouveaux tests afin de confirmer ou d’infirmer la présence de virus, notamment d’origine fécale, dans les eaux de Rio de Janeiro. La Fédération internationale d’aviron à quant à elle demandé à ce que des analyses antivirus soient effectuées dans le lac Rodrigo de Freitas. Le temps presse : de jeudi à dimanche prochain, plus de 500 athlètes de 54 pays y sont attendus pour participer aux championnats mondiaux junior d’aviron. Dans une énième tentative de dépolluer la baie de Guanabara, le gouverneur d’Etat Luiz Fernando Pezão a signé lundi un accord de coopération technique avec sept universités et trois centres de recherche pour mettre au point un nouveau plan d’attaque. Il se donne vingt ans pour que les eaux de la troisième plus grande baie du monde soient totalement propres.