Face à la pandémie de coronavirus, le Japon a dû se résoudre mardi à demander un report d'un an des Jeux olympiques d'été de Tokyo 2020, ce que le Comité international olympique (CIO) a accepté.

S'il est officiellement approuvé par le CIO, ce report sera une première pour des JO de l'ère moderne en temps de paix. Auparavant seuls les deux conflits mondiaux du 20e siècle avaient entraîné le report technique puis l'annulation de Jeux.

"J'ai proposé de les reporter d'environ un an et le président du Comité international olympique (Thomas) Bach a accepté à 100%", a annoncé le Premier ministre japonais Shinzo Abe devant les caméras de télévision mardi, à l'issue d'une conférence téléphonique avec M. Bach.

C'est un énorme coup dur pour la ville de Tokyo et le Japon, qui se préparaient minutieusement depuis des années à accueillir le plus grand événement sportif de la planète du 24 juillet au 9 août, suivis des Paralympiques du 25 août au 6 septembre.

Les autorités japonaises et le CIO ont été longtemps réticents à envisager officiellement de modifier le calendrier des JO.

Le CIO avait indiqué dimanche qu'il se donnait quatre semaines pour prendre une décision mais la pression d'athlètes, puis de fédérations sportives nationales et internationales, devenait de jour en jour plus forte avec la propagation inexorable du coronavirus, apparu en Chine fin 2019 et qui sévit désormais massivement ailleurs dans le monde, notamment en Europe.

"Le Comité international olympique va discuter aujourd'hui avec le gouvernement japonais, le comité d'organisation des Jeux de Tokyo 2020 et la commission exécutive du CIO au sujet du scénario incluant un report des Jeux, et communiquera en temps voulu", avait expliqué le CIO.

"Ni faisable ni souhaitable"

"Mon interprétation de l'annonce du CIO (de dimanche) est qu'ils ne veulent pas annuler les JO et qu'ils ne pensent pas pouvoir continuer de les maintenir à la date du 24 juillet", avait expliqué à l'AFP le Canadien Dick Pound, membre historique du CIO.

La très puissante fédération internationale d'athlétisme, sport numéro un aux JO, avait pris clairement position, estimant qu'ouvrir les Jeux le 24 juillet n'était "ni faisable ni souhaitable", selon son président Sebastian Coe.

Une prise de position tranchée qui est intervenue alors que la plupart des compétitions sportives sont à l'arrêt sur l'ensemble des continents, où plus d'un milliard de personnes doivent rester chez elles, avec des mesures de confinement souvent drastiques.

Le coronavirus Covid-19 a fait au moins 16.961 morts dans le monde depuis son apparition en décembre, selon un bilan établi par l'AFP à partir de sources officielles mardi à 11h00 GMT.

Plus de 386.350 cas d'infection ont été officiellement diagnostiqués dans 175 pays et territoires depuis le début de l'épidémie.

Le Canada abandonne

Un nombre grandissant de fédérations sportives nationales avaient appelé ces derniers jours à un report de l'événement, emboîtant le pas à des critiques d'athlètes d'abord isolées.

Les comités olympique et paralympique du Canada est allé jusqu'à annoncer dimanche qu'ils n'enverraient pas leurs athlètes si les JO étaient maintenus cet été. "La bonne décision à prendre", a jugé le Premier ministre Justin Trudeau.

Le Comité national suisse a officiellement demandé lundi le report des JO. Le Comité australien a estimé que les Jeux ne pourraient se tenir en juillet.

Se rangeant derrière l'avis de ses sportifs, consultés dimanche, et favorable pour les deux tiers à un report des Jeux, le comité olympique américain, plus grosse délégation aux JO, s'est positionné en faveur d'un renvoi de l'échéance.

En France le ministre de la Santé, Olivier Véran, s'était aussi déclaré dimanche peu enclin à envoyer des sportifs au Japon dans quatre mois.

Au-delà des questions de santé, la pandémie actuelle de coronavirus pose d'énormes difficultés pour les sportifs qui ne peuvent ni s'entraîner en vue des JO, ni même, dans un certain nombre de disciplines, tenter de se qualifier, faute de compétition.

Un report d'un événement aussi gigantesque est toutefois une "opération très complexe", a prévenu samedi le président du CIO, Thomas Bach, dans un entretien avec le média régional allemand SWR. "Reporter les Jeux olympiques n'est pas comme décaler un match de football au samedi suivant".