Si les compétitions de natation des JO de Pékin rencontrent autant d'enthousiasme, c'est en raison de la personnalité de certains champions, comme Phelps, du suspense qui accompagne pas mal d'épreuves (le 4x100 mètres fut une course d'anthologie) mais aussi parce que les records du monde tombent comme averses dans un ciel belge.

Or, s'il faut en croire les chercheurs de l'Institut de recherche biomédicale et d'épidémiologie du sport (Irmes, Paris), il ne faut plus trop espérer reculer de beaucoup les limites du sport. Sauf en natation.

Geoffroy Berthelot s'est livré à une étude aux conclusions édifiantes en partant de l'analyse de 148 épreuves quantifiables issues de cinq disciplines de force et de vitesse : l'haltérophilie, l'athlétisme (courses et lancers), la natation, le cyclisme et le patinage de vitesse, toutes disciplines olympiques. Cette analyse couvre la période 1896 (premiers Jeux de l'ère moderne) - 2008.

A 99 pc de ses capacités

Comme il le disait récemment au journal "Le Monde", Geoffroy Berthelot estime "que l'homme est arrivé à 99 pc de ses capacités athlétiques et qu'une génération suffira pour atteindre le plafond des performances physiques". Il semble également que les femmes atteignent leurs limites plus rapidement que les hommes.

L'étude montre, en tout cas, que le nombre de records battus en 2007 est l'un des plus faibles, comparable à celui des deux guerres mondiales pendant lesquelles les progrès sportifs avaient, évidemment, connu des coups d'arrêt importants.

En vérité, les tableaux dressés par les chercheurs de l'Institut montrent une courbe de progression soutenue jusqu'aux années '70 (les deux guerres exceptées) puis un tassement qui dure depuis 35 ans environ.

Selon le directeur de l'Irmes, Jean-François Toussaint, "la limite est celle de l'espèce pas d'un individu".

L'histoire des progrès sportifs est liée à celle des progrès alimentaires, sanitaires, hygiéniques et, bien entendu, techniques et médicaux. Ces progrès ont accompagné tout le XXe siècle... jusqu'à ce qu'on arrive à un sommet.

Ils n'ont pas arrosé la planète entière puisque ce sont les pays économiquement riches qui se sont longtemps taillé la part du lion. Les pays africains n'ont, par exemple, engrangé que 2 pc des records du XXe siècle. C'est aussi parce que les plus nantis (ou les plus volontaristes) ont eu plus facilement accès aux "bienfaits" de la technologie et de la pharmacologie qu'ils ont trusté titres et records.

Les confrontations entre athlètes de tous les pays ont également contribué à faire reculer les limites par simple effet d'émulation.

Les hausses des prix pétroliers ne freineront-elles pas ces échanges productifs dans le futur ? Et quid des effets sur les performances humaines de phénomènes naturels comme le taux de pollution, le réchauffement climatique, le taux d'ozone, etc. ?

L'exception

Quoi qu'il en soit, il est une discipline qui semble échapper au processus de ralentissement des performances. C'est la natation. Plusieurs spécialistes prédisaient déjà au printemps que les deux tiers des records appelés à être battus à Pékin le seraient dans la piscine des JO.

On l'indique ci-dessus, les nouvelles combinaisons utilisées par les nageurs ont entraîné des gains de temps substantiels et la nouvelle génération de vêtements est encore plus performante. Sur les 28 records du monde tombés avant les Jeux, 27 ont été établis avec la "LZR Racer" fabriquée par Speedo.

Mais, il n'y a pas que cela. La profondeur uniforme des piscines, la qualité de l'eau et celle des entraînements individualisés de compétiteurs de plus en plus formatés pour nager comme des torpilles ont fait le reste. Voilà pourquoi on assiste à Pékin à une valse de performances haut de gamme et à des spectacles aussi intenses que la finale du 4x100 nage libre de l'autre matin.

© La Libre Belgique 2008