Samedi soir, la triste nouvelle s'est répandue à une vitesse proportionnelle à la célébrité du personnage. Colin McRae s'est tué. Et comme l'Ecossais n'a jamais fait les choses comme les autres, c'est aux commandes de son hélicoptère qu'il a trouvé la mort.

Nombreux seront ceux qui viennent d'apprendre que Colin McRae existait vraiment. Qu'il était un pilote de rallye au palmarès impressionnant : 25 victoires en Championnat du monde des rallyes, le 4e "performer" de l'histoire de la discipline derrière Loeb, Grönholm et Sainz.

Colin McRae était également un homme au caractère bien trempé. Les différends avec certains de ses copilotes resteront gravés dans les mémoires. Son refus des consignes chez Citroën aussi. Un caractère, oui, mais un grand coeur aussi. En 2004, lors de sa première participation au Dakar, n'avait-il pas joué au bon samaritain lorsque, coincé dans le désert mauritanien entre Tidjika et Nema, il s'était transformé en mécano pour réparer la moto de notre compatriote Ennio Cucurachi, tombé sous les yeux du pilote Nissan ?

Le fantasque Ecossais, fier de ses origines et de son accent, devenait, en 1995 à 27 ans, le plus jeune champion du monde des rallyes dans l'histoire de la discipline. C'était avec Subaru et Prodrive, l'équipe de David Richards. Présent à Spa ce week-end, Richards était bouleversé par la nouvelle : "J'ai parlé encore à Colin cette semaine. J'ai du mal à croire qu'il n'est plus là. C'est Ari Vatanen qui m'a averti alors que j'étais en route pour Spa. Dans ce monde, peu de personnes sont de vraies légendes. Colin était l'une d'entre elles. Il était extrême dans tout ce qu'il faisait, mais c'était quelqu'un avec qui il restait possible de s'amuser. Comme il était toujours à 100 pc, il a eu aussi de gros accidents. C'est assez ironique de voir qu'il s'est toujours tiré quasi indemne de ses accidents en rallye pour mourir en hélicoptère."

Premier Britannique champion du monde des rallyes, Colin McRae était aussi le fils de Jimmy McRae. Présent en Belgique la semaine dernière pour disputer un rallye historique, l'Ecossais a perdu, samedi soir, un de ses deux fils et un petit-fils. "J'espère que Colin va pouvoir rouler encore en WRC, car le rallye, pour lui comme pour moi, c'est toute notre vie", disait-il.

C'est à quelques centaines de mètres de sa résidence écossaise, une bâtisse du XVIe siècle au bord de la rivière Mouse, que son hélicoptère s'est écrasé puis embrasé. Problème mécanique ? Les experts le diront. Accompagné de deux amis (Ben, 6 ans, et Graeme Duncan, 37 ans), Colin et son plus jeune fils Johnny (5 ans à peine) sont morts sur le coup.

Arrivé en Championnat du monde des rallyes grâce à Subaru, il remportait seize de ses victoires mondiales avec Prodrive. Passé ensuite chez Ford, il offrait dès le Monte-Carlo à la nouvelle Focus WRC un succès qui lui était retiré en raison d'une pompe à eau différente de la version homologuée. Sans cette sanction, il serait aujour- d'hui au niveau de Carlos Sainz.

Il était aussi son équipier chez Citroën en 2003, une saison qui ne fut pas la plus belle pour Colin. Après encore deux piges chez Skoda en 2005 et une chez Citroën-Kronos en 2006, l'Ecossais faisait à contrecoeur ses adieux au WRC.

Il avait entamé sa reconversion en rallye-raid avec Nissan, dans un premier temps, et BMW avec qui il se préparait à disputer le prochain Dakar.

Même s'il n'était pas le plus grand communicateur et continuait à véhiculer l'image d'un pilote capable du meilleur comme du pire, Colin McRae laissera un vide immense dans un monde où ceux qui n'étaient pas fondus dans le même moule que les autres offraient ce petit brin de folie tellement nécessaire.