Plébiscitée lors de l'attribution de cette olympiade d'été 1968, la capitale mexicaine va rapidement faire l'objet de nombreuses critiques. À l'instar des prochains Jeux de Pékin, à l'approche de la cérémonie d'ouverture, la question du bien fondé de leur tenue battra son plein. La compétition deviendra d'ailleurs le théâtre des premières revendications politiques et sociales. Retour sur des Jeux olympiques précurseurs dans plusieurs domaines.

Octobre Rouge

Le choix du siège de cette XIXe édition, en 1963, constitue déjà à lui seul une petite révolution puisque pour la première fois, un pays dit en voie de développement se voit attribuer l'organisation des Jeux. Pour le Mexique et son président de l'époque, Adolfo López Mateos, il s'agit d'une excellente occasion de redorer leur image sur la scène internationale mais également de favoriser un essor plus rapide du pays. Le besoin d'affirmation face à l'imposant voisin nord-américain exacerbe l'exaltation populaire. Cependant, l'année de l'Olympiade, des tensions vont naître entre les forces de l'ordre et les lycéens, tout d'abord, et toute la communauté étudiante ensuite avant de prendre des proportions dramatiques.

A dix jours du début de ces Jeux si atypiques, le 2 octobre, un événement va marquer un premier tournant : le massacre de Tlatelolco. Sur la place des Trois Cultures, à Mexico, une manifestation pacifiste d'étudiants tourne au bain de sang. L'armée et la police ouvrent le feu sur des protestataires en droite ligne de la mouvance soixante-huitarde - le slogan "Il est interdit d'interdire" cher aux insurgés de l'Hexagone en atteste. Le décompte des victimes reste plutôt flou, les chiffres variant d'une vingtaine, selon les forces de l'ordre, à plusieurs milliers, mais le bilan communément admis avoisine les 300 morts. La "Noche Triste", comme l'ont surnommé les Mexicains, va susciter l'indignation de la communauté internationale. Cependant, le "lite motif" du Comité international olympique de l'époque ne varie pas sensiblement de celui qui prévaut à l'aube de Pékin. "Les jeux de la XIXe Olympiade, cet amical rassemblement de la jeunesse du monde, dans une compétition fraternelle, se poursuivront comme prévu", déclarait le co-président du CIO, Avery Brundage. Les JO auront bien lieu.

Podium politique

La quinzaine olympique et les performances des athlètes prendront rapidement le pas, bien aidés par le gouvernement mexicain, sur les révoltes estudiantines. Mais la politique ne quittera pourtant pas le haut de l'affiche. Le 17 octobre, deux hommes, noirs, vont marquer à jamais l'histoire des Jeux. Les Américains Tommie Smith et John Carlos, arrivés respectivement premier et troisième de la finale du 200 m, tête baissée et poing levé lors de la remise des médailles, relayent la lutte de "leurs frères" des Black Panthers contre la discrimination raciale qui prévaut aux Etats-Unis. Ils réclament, dans la foulée de leur maître à penser, Martin Luther King, plus de droits pour la communauté afro-américaine. La décision du CIO est sans appel : les deux sprinters sont bannis à vie des Jeux olympiques. Après son geste, John Carlos déclara aux journalistes : "Après ma victoire, l'Amérique blanche dira que je suis Américain, mais si je n'avais pas été bon, elle m'aurait traité de Négro". Quelques jours plus tard, ils seront suivis par trois de leurs compatriotes qui, monteront sur le podium avec un béret noir vissé sur le crâne.

Outre l'acte hautement politique de Smith et Carlos, la plupart des athlètes américains, blancs ou noirs, arborent un badge portant l'inscription "Olympic project for human rights" (Projet olympique pour les droits humains)... Les relations tendues entre les Etats-Unis et le Mexique expliquent la ferme volonté des "Nordistes" mettre en lumière les manquements du régime mexicain. L'autorisation du Comité olympique du port de ce badge pose question quant à la position de cette institution à quelques mois des JO de Pékin.

Mais cette Olympiade a aussi vu les sportifs en découdre sur les pistes. De nombreux records du monde n'ont pas résisté au phénomène particulier de l'altitude. Située à plus de 2 200 mètres d'altitude, Mexico présente des conditions atmosphériques favorables aux performances exceptionnelles. Le bond de Bob Beamon à 8,90 m soit 55 cm de plus que l'ancien record du saut en longueur en est le meilleur exemple. Pour les Belges, la moisson s'est révélée fort maigre, seule deux médailles venant se glisser dans notre escarcelle : une en bronze, pour la paire cycliste Robert Van Lancker et Daniel Goens, et une en argent, pour l'haltérophile, Serge Reding.