Nafi Thiam prépare les Mondiaux à Götzis, pour son premier heptathlon depuis Rio.

Elle a beau repousser la pression de toutes ses forces, Nafi Thiam, sacrée championne olympique de l’heptathlon l’été dernier à Rio puis championne d’Europe du pentathlon cet hiver à Belgrade, sera l’athlète féminine à battre, cette année, dans les épreuves combinées. Surtout compte tenu de la retraite sportive conjuguée des deux autres médaillées olympiques, Jessica Ennis-Hill et Brianne Theisen Eaton, ouvrant ainsi la porte à une domination de la Belge.

Il n’en ira donc pas autrement ce week-end à Götzis où la Namuroise, qui ne s’y est jamais imposée (4e l’an dernier), possède - de loin - le meilleur total (6.810 pts), devant l’Allemande Jennifer Oeser (6.683 pts) et la Britannique Katarina Johnson-Thompson (6.682 pts). Mais que ces références valent-elles en ce début de saison post-olympique ? "Le titre olympique ne change pas tout, il ne m’assure pas, en tout cas, d’un succès à vie !" souligne Nafi Thiam, qui n’est pas tombée dans le piège d’une trop grande décompression, ces derniers mois à l’entraînement.

Même si, dit-elle, elle a ressenti le besoin de souffler cette année pour se libérer d’une grosse charge mentale. "Quand je parle d’une année light en 2017, ce n’est pas juste une question de volume d’entraînement un peu moins important que l’an dernier : avant Rio, quand je rentrais de l’entraînement, ce n’était pas pour me poser dans mon canapé et faire ce que je voulais ! Il y avait tous les autres aspects à prendre en considération. La récupération, le repos, aller dormir tôt, se lever à des heures régulières, manger ceci, se priver de cela : ce qui est pénible, c’est de faire attention à tout cela. L’athlétisme, c’est quatre ou cinq heures sur la journée sur la piste mais aussi une discipline quotidienne du lever au coucher. Et je ne m’imagine pas faire cela d’année en année. J’avais besoin de récupérer pour mieux me relancer."

Nafi Thiam n’est toutefois, pas repartie de zéro bien entendu. "Le travail réalisé l’an dernier est emmagasiné et reste un acquis que j’entretiens, dit-elle. Mais si je ne faisais que du travail lourd tout le temps, mon corps s’habituerait et je ne progresserais plus."

Or c’est précisément la motivation profonde de la jeune femme de 22 ans. "Je continue à croire que je peux progresser dans pas mal d’épreuves et j’en ai aussi toujours l’envie, reprend-elle. Peut-être que j’ai connu un jour de grâce à Rio mais je n’y pense pas en permanence. Je ne m’amuse pas non plus à essayer de deviner l’avenir sous peine de perdre de l’énergie ou de me limiter dans la tête. À partir du moment où tu travailles bien, où tu te donnes le maximum, le reste n’est plus entre tes mains. Il sera difficile de réaliser la même chose que l’année dernière, parce que la saison était top et que ça devient vraiment chaud de battre mes records, mais c’est toujours mon objectif. On ne sait jamais !"

L’octathlon pour tous ? "C’est dénaturer la discipline"

Nafi en tête, les athlètes ne voient pas d’un bon œil la réforme souhaitée par la Fédération européenne

Présent lors de la conférence de presse du meeting, le président de l’Association européenne d’athlétisme, le Norvégien Svein Arne Hansen, qui se profile comme l’homme de toutes les réformes, a révélé ce vendredi que le projet de révision des épreuves combinées était "mort pour le moment" après une réunion s’étant déroulée la veille. Mais, souligne-t-il sans pour autant renoncer à plus long terme, il faut "continuer à améliorer la communication autour du décathlon et de l’heptathlon tant à l’adresse des spectateurs que de la télévision. Il est inconcevable que l’on ne sache pas, lorsque la ligne d’arrivée de la dernière épreuve est franchie, qui est le vainqueur final."

Raison pour laquelle l’idée d’un départ individuel tenant compte des totaux provisoires (un peu à la manière de certains sports d’hiver), avant le 1.500 m chez les hommes et le 800 m chez les femmes, avait été introduite. Mais c’est toute l’identité des épreuves multiples qui a fait l’objet de discussions, Hansen souhaitant aussi la suppression de la perche et du disque côté masculin pour en arriver à un octathlon qui serait également en vigueur chez les femmes après un vrai bouleversement : introduction du 100 m à la place du 200 m, apparition d’un 400 m et remplacement du 800 m par un 1.500 m. La répartition, harmonisée dès lors entre les deux sexes, serait la suivante : 100 m, longueur, poids et 400 m le premier jour, 100 m/110 m haies, hauteur, javelot et 1.500 m le second.

Un projet qui n’a pas été accueilli avec beaucoup d’enthousiasme par les athlètes.

"Il faut saluer la volonté des dirigeants de vouloir mettre les épreuves multiples dans la lumière et d’améliorer la communication autour de celles-ci mais je ne suis pas du tout favorable à changer quoi que ce soit", a répondu, à ce propos, Nafi Thiam. "Ce ne serait plus du tout la même épreuve, ça va tout changer. Et que fait-on de la tradition ? Est-ce que j’aurai encore ma place dans cet octathlon ? D’autant qu’il y a beaucoup de courses, un domaine qui n’est pas précisément mon point fort. Pour moi, ce ne serait plus du tout intéressant. Des épreuves multiples avec autant de courses et l’une ou l’autre épreuve technique à côté, c’est dénaturer la discipline."

"Moi aussi, j’aime l’idée d’intéresser davantage le public et celle d’améliorer les choses mais il ne faut pas pour autant retirer les fondations de ce sport, qui lui ont permis de se constituer une histoire aussi riche", a expliqué, en écho à la Belge, le Canadien Damian Warner, vice-champion du monde du décathlon. "Qui est le plus important ? Les athlètes ou les gens qui regardent ? Je pense qu’il faut trouver le bon équilibre."

En attendant, l’idée de raccourcir la durée entre les essais dans les concours afin de rythmer davantage ceux-ci semble, elle, faire son chemin.

Elle est passée de rookie à championne olympique

Son nouveau statut n’engendre pas le moindre stress chez la Namuroise.

Sacrée rookie lors de l’édition 2014 du Hypomeeting de Götzis, Nafi Thiam y revient donc cette année en tant que championne olympique en titre. Et nul doute qu’elle sera épiée et que ses performances seront analyées de tous.

"Les premières années, j’étais bien sûr un peu impressionnée par les filles qui avaient déjà fait de beaux résultats dans leur carrière mais je ne suis jamais sortie de ma concentration à cause de cela", se souvient Nafi. "Je me disais simplement que j’avais de la chance d’être là, avec des concurrentes aussi fortes. C’est motivant ! Je ne sais pas si, à mon tour, j’en impressionne certaines. Elles ont quand même du vécu et j’en connais l’une ou l’autre depuis les Mondiaux cadets de Lille, en 2011. Et je ne pense pas qu’elle se disent en permanence : ‘ah ! c’est Nafi à côté de moi !’ "

Le nouveau statut de Nafi Thiam jouera toutefois dans l’esprit du public et dans l’accueil qu’il pourrait lui réserver ce samedi.

"Je pense que ce sera chouette mais ici, à Götzis, le public encourage tout le monde de toute façon", poursuit Nafi. "Je ne sais pas comment je vais me sentir sur la piste, si ça va changer quelque chose. Mentalement, je ne pense pas que ça va m’atteindre mais on ne sait jamais. En tout cas, ce n’est pas une situation qui engendre du stress ou de l’appréhension. Je ne me dis pas : ‘Punaise, tout le monde va me regarder’. Cela fait neuf mois que je suis championne olympique, je suis au courant maintenant (elle sourit). D’accord, le speaker va le rappeler, et je vais l’entendre, mais une fois sur la piste, tout le monde est concentré sur ce qu’il a à faire."