Londres a été élu par le Comité international olympique organisateur des Jeux olympiques d'été 2012, battant en finale, au 4etour de scrutin, par 54 voix contre 50, la ville de Paris. Mercredi à Singapour, les cinq candidats encore en lice (Londres, Paris, Madrid, New York et Moscou) ont présenté une dernière fois leur dossier, avec le résultat que l'on sait. Plus de 10000 Londoniens ont accueilli dans la liesse l'annonce de cette victoire alors qu'à Paris, la déception, voire l'amertume, étaient immenses.

La victoire de Londres sur Paris ne doit pas être considérée comme une surprise. Si l'on s'en tient à des critères purement objectifs, les deux candidatures se tenaient d'assez près. Sans doute, Londres devra-t-elle investir davantage en infrastructures lourdes mais elle présentait toutes les garanties, financières notamment, de nature à rassurer le CIO. Certes, le caractère vétuste des transports publics londoniens pouvait être considéré comme un handicap de même que le manque de qualification du personnel hôtelier. Mais le projet de rénovation de toute la zone est de Londres avait de quoi séduire. La commission d'évaluation du CIO avait, en tout cas, jugé que les dossiers techniques parisien et londonien étaient tous deux de «très grande qualité».

Dans un premier temps, l'engouement populaire avait semblé plus fort à Paris qu'à Londres. Les choses ont changé au cours des dernières semaines. Le différend politique entre Jacques Chirac, le président français, et Tony Blair, le Premier ministre britannique, apparu au grand jour lors du sommet européen de la mi-juin, ne semble d'ailleurs pas étranger au sursaut «patriotique» de l'opinion anglaise.

Le comité qui a défendu les couleurs de Paris avait de l'allure et les ambitions politiques de ses membres ont été mises en sourdine (l'échec de mercredi risque toutefois de réveiller certains démons) afin d'offrir aux électeurs du CIO l'image d'une équipe aussi soudée qu'enthousiaste. Mais le président Jacques Chirac a peut-être desservi en ne décidant que tardivement de rallier Singapour. D'aucuns avancent aussi qu'en se passant des services de Michel Barnier à la tête de la diplomatie française, le nouveau gouvernement de Villepin a commis une erreur. L'ancien «père» des JO d'hiver d'Albertville (1992) était connu comme le loup blanc au sein du CIO et aurait pu ramener des voix à Singapour.

Blair et Coe

On oubliait un peu vite que du côté anglais, la présidence du comité de soutien avait été confiée à une personnalité charismatique, très introduite dans les sphères olympiques: Sebastian Coe, ancienne star des pistes d'athlétisme. Impressionnant lors de la défense de son dossier, mercredi, il avait, auparavant, réussi à réveiller l'intérêt du maire de Londres, Ken Livingstone, et à allumer l'enthousiasme de la famille royale.

Par ailleurs, des sportifs actuellement au faîte de leur gloire ont été mobilisés, tels le footballeur David Beckham. Et des dirigeants étrangers mais actifs au Royaume-Uni ou des athlètes populaires de langue anglaise, comme l'Australienne Cathy Freeman, ont bien servi, eux aussi, la cause londonienne.

Cause à laquelle se sont, en outre, ralliés sur le tard le réseau du Commonwealth et Nelson Mandela, dont on connaît le poids en Afrique anglophone. Enfin et surtout, le Premier ministre Tony Blair s'est personnellement jeté dans la mêlée au moment opportun. L'homme est efficace et même redoutable.

Enfin, le lobbying anglais fut impressionnant. Sur le plan éthique, ce fut discutable. En affirmant réserver 20 millions d'euros destinés à des cadeaux pour les sportifs et leurs dirigeants, les candidats londoniens en ont choqué plus d'un. Mais certains électeurs s'embarrassent très peu de considérations d'ordre moral.

© La Libre Belgique 2005